La Bête aveugle par Alligator
Un sculpteur aveugle tombe éperdumment amoureux d'un modèle. Jusqu'à la séquestrer dans un hangar dédié au culte de la forme, celle de la femme, afin d'assouvir le désir de créer un art du toucher. Et la relation entre les deux personnages va considérablement changer. Entre répulsion et attirance, désir et passion.
Un bien joli et étonnant film que celui-là. Un film d'une incroyable audace, à la japonité avancée en quelque sorte nous narrant une histoire sado-maso, avec des personnages d'une perversité effroyable, et tout cela en 1969, 69... année vraiment érotique.
Le film sur le plan formel étonne également avec une utilisation du cinémascope qui soutient admirablement la promiscuité des lieux, étouffe, asphyxie le champ visuel tout en magnifiant le corps féminin. On est littéralement dans l'esprit malade de l'aveugle, on voit comme lui, ses yeux-doigts sont les notres. Certains plans sont stupéfiants. Dans tous les sens du terme. Une oeuvre formelle remarquable.
L'histoire est séduisante. Les personnages fascinants. Malheureusement, cette magique rencontre entre le récit, les images et le spectateur est quelque part altérée par la démonstration un peu trop explicitée par des dialogues surbabondants et redondants avec les images qui bien souvent se suffisent à elles-même. Dommage. Les personnages parlent beaucoup trop, commentent et disent ce que leur comportement et leurs actes disaient amplement. Une redite qui pèse un peu. Malgré cela, le spectateur est partagé entre plaisir de l'image, trouble de l'attraction pour d'ensorcelants personnages. Et l'on passe là un moment particulier, qui ne laisse pas de marbre.