Lorsque le Shalarm ouvre sa gueule, la grotte se referme


- Shalarm.
- "Shalarm", ça veut dire quoi ?
- Shalarm.
- Je ne comprends pas, ça veut dire quoi ?!
- Requin.



Un survival sous roche et sous tension claustrophobique



J'adore les survival horror, surtout lorsque ceux-ci exploitent l'idée d'un groupe de personnages piégés dans un environnement hostile, comme une grotte où une menace peut surgir à tout moment. Des films comme The Descent de Neil Marshall, La Crypte de Bruce Hunt, 47 Meters Down: Uncaged de Johannes Roberts ou encore Black Water: Abyss d'Andrew Traucki ont parfaitement utilisé ce concept. C'est donc un terrain qui m'intéresse particulièrement, et La Bouche du Diable réalisé par Jeff Wadlow s'inscrit directement dans cette lignée. Le problème, c'est qu'aujourd'hui, les films de requins sont souvent synonymes de productions de série Z produites à la chaîne, avec des résultats généralement plus ridicules qu'effrayants. Pourtant, contre toute attente, le film se révèle être une proposition horrifique honnête et divertissante. Il n'est jamais exceptionnel, mais il a au moins le mérite de ne pas prendre son public pour un idiot. On suit un récit simple dans lequel on suit cinq amis participant à une excursion guidée dans un réseau de grottes isolé surnommé la « Bouche du Diable », situé au large de la côte thaïlandaise. Malheureusement pour eux, un requin-bouledogue particulièrement agressif est piégé dans ces cavités après une montée des eaux. Le scénario d'Aja Gabel et Myung Joh Wesner ne révolutionne évidemment rien, mais il possède l'avantage d'aller efficacement à l'essentiel en favorisant un huis clos sous tension. Le film peut également compter sur une direction artistique solide de Warakarn Waruttamangkoon, qui parvient à donner une véritable identité visuelle à l'ensemble, même si les effets spéciaux liés au requin sont parfois moins convaincants. Heureusement, les décors impressionnants d'Alec Hammond constituent une véritable force, cette grotte aux multiples salles comprenant chacune des spécificités offrent un terrain idéal pour un survival horror sous haute tension. Le choix de porter l'action intégralement dans cette vaste grotte renforce la sensation d'isolement et d'hostilité.



Côté péripéties, on n'est clairement pas en reste avec plusieurs moments sous haute tension, à commencer par une scène d'introduction avec des méduses plutôt efficace, mais surtout une fois nos personnages arrivés dans la Bouche du Diable. Le requin y multiplie les attaques et ne cesse de harceler nos survivants, transformant chaque déplacement en véritable épreuve. Certaines séquences fonctionnent particulièrement bien, notamment lorsque le groupe se retrouve obligé de nager sous l'eau, de traverser d'étroites cavités et de trouver de petites poches d'air pour reprendre son souffle avant de replonger aussitôt. Jeff Wadlow parvient à accentuer cette sensation d'urgence grâce à une mise en scène efficace, parfaitement soutenue par la musique de Bear McCreary. Il offre ainsi plusieurs bonnes séquences d'attaques, même si certaines apparaissent beaucoup plus grossières, notamment lorsque le requin se transforme presque en torpille vivante capable d'effectuer des bonds spectaculaires hors de l'eau et de foncer droit devant lui comme une tête chercheuse blindée. La mise à mort finale du requin est d'ailleurs assez grotesque, mais c'est souvent le problème avec ce genre de film, où il est difficile de trouver une conclusion crédible face à un tel monstre. Cela ne gâche cependant pas le plaisir du spectacle.




- Merde. Je me suis coupé.
- Quoi… Non, non. Je peux pas. Je peux pas regarder. Y a que des couteux là-dessous.
- Greg, ça va ?
- Oui, il a un souci avec le sang. Mon cœur, tu te souviens du mantra : "Je crains rien. Je suis courageux. Je suis moi."
- Oui, je suis moi.



Côté personnages, on retrouve un véritable défilé de caricatures dignes des vieux slashers. Une bande d'étudiants possédant des profils tellement codifiés qu'on devine rapidement qui seront les premières victimes. Le couple Greg (Gavin Casalegno) et Adrienne (Tommi Rose) en est l'exemple parfait, toujours occupés à se comporter comme des animaux en rut, ils semblent tout droit sortis d'un vieux film d'horreur où les personnages trop délurés finissent forcément par payer leurs excès. Adrienne reste néanmoins sympathique, à l'inverse de Greg qui se limite davantage au rôle du kéké finalement chochote comme pas deux. Nico Hiraga fonctionne bien dans le rôle de James, tout comme Tayme Thapthimthong dans celui de Wat, qui fait preuve d'une patience remarquable en tant que guide face à ce groupe difficile à gérer. Kathryn Newton incarne quant à elle Sara, l'héroïne principale du film. Sans surprise, le personnage reprend certains codes classiques de la final girl, notamment son côté plus raisonnable et plus mesuré que le reste du groupe. Malgré cela, Sara reste un personnage plutôt réussi. À l'inverse, Lana Condor propose avec Max un personnage volontairement beaucoup plus irritant. Une véritable madame "je sais tout", persuadée de devoir tout contrôler et d'avoir toujours raison, même lorsque la vie de ses camarades est directement en jeu.



Avec ce film le but n'est pas de chercher à rendre chaque élément parfaitement réaliste ou cohérent. Certaines situations sont volontairement exagérées afin d'amplifier l'horreur et la tension. Pourtant, plusieurs questions me sont venues tant le comportement de ce requin semblait parfois invraisemblable : un requin-bouledogue peut-il réellement vivre en eau douce ? Est-il aussi territorial et agressif que le présente le film ? Tue-t-il uniquement pour se nourrir ? Peut-il bondir hors de l'eau ? Est-il capable de résister à des chocs aussi violents contre des rochers ? La réalité est finalement assez proche de la fiction sur "certains points". Il est l'une des rares espèces capables de vivre aussi bien en eau salée qu'en eau douce. Il fait également partie des espèces de requins les plus impliquées dans les attaques contre l'être humain. Il est considéré comme un requin particulièrement territorial et peut adopter un comportement agressif lorsqu'il se sent menacé, lorsqu'il défend une zone de chasse… Il ne tue donc pas uniquement pour se nourrir. Il possède aussi des comportements d'intimidation connus, comme le fait de cambrer légèrement son corps, de raidir sa nage et d'effectuer des passages rapprochés avant une éventuelle attaque. En revanche, contrairement au grand requin blanc ou au requin-taupe bleu, il n'est pas réputé pour ses sauts spectaculaires hors de l'eau. Il peut toutefois sortir partiellement ou totalement de l'eau dans certaines situations, notamment lorsqu'il poursuit une proie proche de la surface ou lors d'accélérations brutales en eaux peu profondes. Enfin, il est effectivement considéré comme un requin particulièrement robuste. Son crâne composé de cartilage calcifié lui offre une grande résistance aux chocs, même si cela ne signifie évidemment pas qu'il est invulnérable. Donc, si La Gueule du Diable exagère certains aspects de son comportement, le film s'appuie malgré tout sur un animal dont les véritables caractéristiques suffisent déjà à en faire un prédateur impressionnant.




CONCLUSION :



La Bouche du Diable ne révolutionne évidemment pas le survival horror, mais il a le mérite de proposer un divertissement honnête et efficace. Malgré ses défauts, entre des personnages caricaturaux et quelques effets spéciaux discutables, Jeff Wadlow parvient à maintenir une tension constante grâce à son ambiance claustrophobique et ses décors impressionnants.


Ce n'est pas un grand film du genre, mais une série B généreuse qui remplit parfaitement son contrat.




- Il faut qu'on parte, tout de suite.
- D'accord.
- Désolé Mais comment ça se fait qu'il y a un requin dans de l'eau douce ?
- Il y en a qui aime vivre à la fois dans de l'eau douce et dans l'eau de mer.
- Ok, mais comment il est arrivé dans la grotte, il a pris un Uber ?


B_Jérémy
6
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Classement du meilleur au pire des films d'horreur dont j'ai fait une critique

Créée

le 1 août 2026

Critique lue 292 fois

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