Cher Michel,
Voilà donc l'un de tes derniers films, l'avant dernier pour être plus précis. Qui prend nécessairement la forme d'un testament depuis ta très mauvaise blague de la fin de l'année 2024.
Le sens de l'humour a donc ses limites.
Aujourd'hui, c'est avec La Cache que j'ai eu envie de te dire adieu, même si je n'étais pas, a priori, la cible première du film, tant par mon âge que par mes convictions.
Mais il faut reconnaître à l'issue de la séance que c'était plutôt pas mal, en fin de compte. Parce que l'oeuvre porte un portrait assez déjanté d'une famille parisienne, bourgeoise, fantasque, et que les caractères de chacun détonnent. Tout comme certaines idées de mise en scène, assumant par exemple pleinement l'aspect kitsch de certains vieux trucs de cinéma, ou encore l'imagination de ce gamin comme témoin de ce petit monde, de ce clan évoluant la plupart du temps entre quatre murs. Prétexte à se détacher de la vérité pour mieux embrasser la fiction, comme le laisse entendre Lionel Baier dès les premières minutes, en forme de pacte avec le spectateur.
Et puis, il y a cette résurrection de tout cet arrière-plan des manifestations, de l'aspect actualité surannée très intéressant de ce charivari. Et lorsque le film s'aventure à boucher les trous de la grande Histoire, ou encore à révéler cette cache, longtemps laissée aux interrogations enfantines, le film réussit à se montrer prenant par instants, tout en se moquant quelque peu de l'engagement politique, pour, juste après, réaffirmer son importance.
Mais Michel, malgré ta présence, celle d'une Liliane Rovère impériale, la richesse des tons employés, les échos inattendus entre les époques et le décalage parfois drolatique dans la droite ligne d'un Tati, j'ai eu l'impression que La Cache n'arrivait jamais totalement à décoller.
Mais ma maman, elle, retrouvant toute une partie de son adolescence, a trouvé cela très bien, c'est le principal.
Moi, Michel, ce que je retiendrai le plus durablement de La Cache, c'est ta dernière scène, qui acquiert une toute autre signification à la lumière de ta disparition. Car c'est très émouvant de te voir t'éloigner ainsi. Et de se rappeler ton élégance et ta pudeur qui ont fait plus d'une fois merveille au sein du cinéma français. Une scène en forme de fin d'un voyage doux-amer pour toi, mais surtout pour nous, désormais orphelins d'un acteur "Splendid".
Merci pour tout,
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