Un film plus profond qu'il en a l'air, sur les relations interpersonnelles, la solitude, et l'éphémère des vacances. Les adolescents se découvrent, s'attirent, se rejettent. Il y a quelque chose d'assez étrange dans ces interactions, paraissant déshumanisés, mécaniques, où chaque partenaire est interchangeable ("Même si elle est moche, je la baise.").
Il règne dans ce film une certaine atmosphère impalpable, évidemment accentué par un événement sinistre, mais qui se révèle presque secondaire aux vus des thématiques. Malgré cette ambiance assez flottante et étrange, il n'y a aucun élément fantastique... à moins que les interactions avec la soeur du protagoniste semblent cachés une connexion plus forte que celle du commun des mortels. On pourrait aussi trouver étrange la manière dont l'anti-héros s'en sort, cela rend la situation presque irréelle.
La manière de filmer m'a aussi pas mal emporté, avec quelques plans originaux : un lent plan rotatif où les personnages parlent hors-champs pendant une majorité de la scène. Cela me rappelle mon enfance en camping dans les Landes, avec ce paysage particulier, cette forêt, cette plage, ces vagues, cette chaleur. La drague en moins vraisemblablement, qui semble étonnamment universel ici, ce qui est loin de ce que j'ai vécu. Le contexte fait pas mal écho à "L'Étranger" d'Albert Camus, mais on est pourtant assez éloigné du charisme de Meursault, ou de l'intention dans l'acte. Il n'en reste pas moins que les thématiques des deux oeuvres semblent se connecter.
La musique composée par Pierpaolo Saccomandi m'a vraiment envouté, avec son côté chorale, qui appuie cette atmosphère flottante.
Étonnamment, j'avais déjà vu les deux précédents films de Demoustier, Borgo, et L'Inconnu de la Grande Arche, qui possédait aussi des personnages et une atmosphère particulières, mais probablement trop peu appuyés, ou qui ne me parlaient pas assez. Ici, j'ai vraiment été scotché.
Bref, j'ai beaucoup aimé ce film. Il y a un certain malaise qui embaume l'atmosphère, c'est assez fascinant. Les relations entre les personnages sont étranges et pas toujours pleinement compréhensibles, ce qui ajoute au mystère. La prestation de l'acteur principal en est édifiante, Hadrien Hussein, qui comme le reste du casting est encore assez inconnu dans le cinéma français. Son personnage est assez effacé, presque anti-charismatique, que l'on reconnaitra facilement par sa nonchalance et son t-shirt blanc "beach summer" iconique. On le sent assez renfermé, et il n'a pas l'air spécialement agréable, il fait toujours la gueule, ce n'est pas forcément quelqu'un pour qui on aurait de la sympathie. Et c'est justement ça qui est fascinant, cette existence à la marge des autres, qui évolue tel un spectre dans ce monde-là, au milieu de comparses, qui errent à la recherche d'affection, tels des Étrangers.
(Vu le 11 juillet 2026 au cinéma)