‘La chance sourit à Madame Nikuko’ est un très joli dessin animé, au savoir-faire indéniable, comme sait le faire le cinéma japonais. Le film réjouira les jeunes enfants et les adolescents mais sa candeur, son extrême naïveté pourra légèrement consterner les adultes, comme ce fut le cas pour moi.
Nikuko est une mère célibataire bien en chair et fière de l'être, pleine de joie de vivre. Elle aime la bonne bouffe, les blagues et a un faible pour les hommes qui n'en valent pas la peine. Après avoir passé la moitié de sa vie à douiller avec sa fille Kikurin, elle s'installe dans un petit village de pêcheurs et trouve du travail dans un restaurant traditionnel.
Le film de Watanabe est un joli comte sur la relation mère-fille, dans toute sa complexité. Face aux dimensions surhumaines de sa mère, la petite Kikurin est partagée entre son admiration pour la liberté de sa mère qui se fout de son poids et la honte qu’elle suscite en haine. L’adolescence est l’âge ingrat où l’on peut ressentir simultanément deux émotions aussi extrêmes. Nikuko est l’exemple absolue de la mère-courage résiliente trompée par les hommes, un motif récurrent du cinéma. Mais ici Nikuko n’est pas sinistre, elle est joyeuse, battante, fantaisiste.
Le film montre bien ce qu’est l’adolescence. C’est l’âge où l’on ne voit pas ce que les parents font pour nous, où la constitution d’une équipe de basket tourne à l’affaire diplomatique. On parle évidemment beaucoup du corp (évidemment au regard de celui de sa mère) mais c’est aussi l’âge. Kikurin est une jeune fille assez androgyne, qui n’a pas encore vécue sa puberté et qui se sent en décalage avec son entourage.
Le regard a ici un rôle absolument central puisque le film tourne autour d’un personnage totalement hors-norme (dans tous les sens du terme). Il y a le regard de sa fille, dont nous avons déjà parlé. Mais il y a le regard de tous les autres, car tout le monde la regarde. Il y a les clients du restaurant, étonnés de cette femme qui se fout complètement de son physique. Peut-être lui reprochent-ils sa joie de vivre alors qu’elle devrait être complexés. Et puis il y a les jeunes filles qui reprochent à cette dame de ne pas être comme leur mère, c’est-à-dire l’ersatz de la mère au foyer.
‘La chance sourit à Madame Nikuko’ est assez typique de ce que peut faire de mieux le cinéma d’animation des studios Ghibli. Les dessins sont absolument somptueux entre simplicité et sophistication. Comme dans certains films de Hayao Miyazaki comme ‘Le Voyage de Chihiro’, la beauté se mêle facilement à la laideur si l’on se souvient que les parents étaient transformés en porc. Les dessins sont d’une précision remarquable. Et l’ouverture, assez efficace, est magnifique et rappelle ; dans ses traits, une sorte de spectacle de marionnette.
La limite du film est qu’il est quand même excessivement candide, naïf. D’accord, la plupart des films sont faits pour les enfants. Mais les Pixar ou les films de Brad Bird (Ratatouille, Les Indestructibles) sont des moments de plaisirs tant pour les plus jeunes que pour les adultes. La naïveté vient principalement de son message de tolérance (rafraichissant !) est vraiment tarte. Mais le film fera plaisir aux enfants et adolescents.