Employé effacé, mari docile et peintre amateur, Maurice Legrand s'entiche d'une garce, elle-même amoureuse d'un gigolo.
L'introduction de Renoir est facétieuse qui nous annonce que le film n'est pas plus un drame qu'une comédie, qu'il ne sous-entend aucune morale ni ne cherche à prouver quoique ce soit. Les personnage du film, dit le cinéaste, sont des "hommes ordinaires comme vous et moi". Un des personnages, à la fin énonce, toutefois qu'il faut de tout pour faire un monde. Un axiome qui fait écho à celui de "La règle du jeu" : "le plus terrible sur cette terre, c'est que tout le monde a ses raisons"
Voilà dédouanés tous ses hommes (et femmes) de la médiocrité de leur comportement dans cette histoire en forme de fait divers qui, en effet, balance entre drame et comédie sans jamais choisir.
Le trio de personnages n'apparait pas précisément original au début du film. Mais Renoir, avec son acuité et son ironie feutrée, les singularise, les humanise au-delà de leur apparence conventionnelle. Et, sous l'effet d'une mise en scène pleine de bonnes idées, d'une fluidité et d'une modernité manifestes -surtout pour un film des débuts du parlant- l'ensemble des personnages, premiers comme seconds rôles, prend une dimension inattendue. En premier lieu, celui de Michel Simon, dont l'évolution et l'ambivalence sont emblématiques de ce que Renoir veut signifier à propos de l'humanité.
Le titre du film peut s'interpréter de diverses façons. Lucienne est qualifiée de chienne parce qu'elle est cette femme trompeuse et profiteuse; elle est, dans une autre facette, cet animal soumis à son amant. La chienne, c'est la vie aussi, remplie de comportements honteux, de choses sordides, d'injustices. Tout est suggéré dans le film de Renoir, y compris par l'humour, contre tout pathétisme, et sa mise en scène est vraiment la valeur ajoutée du sujet.