Première réalisation de film par Kawajiri dont les extraits peuplant les bandes-annonces Manga Video avaient intrigué ma curiosité cinéphilique naissante d'adolescent (et sans doute d'autres hormones). On a en effet ici affaire à un film mélangeant allégrement érotisme généreux et transformations corporelles démoniaques, mais attention, au service d'un véritable récit politique sur la signature d'un traité de paix entre notre dimension et celle des êtres obscurs que cherchent à faire échouer des opposants terroristes. Bon, j'exagère... pas tant que ça car il est toujours fendard de voir nos protagonistes déblatérer sur le sujet entre deux scènes de cul très graphiques, véritable coeur libidineux du projet.
Alors attention, on est dans les années 80, il faut donc prévoir un traitement très masculin queutard (on hallucine un peu sur le référentiel de l'époque quand le héros se voit accusé d'être trop romantique alors qu'il demande cash les mensurations de ses interlocutrices) et une considération assez floue du consentement féminin. Même si à bien y regarder, toutes les séquences d'agression sexuelle sont effectivement considérées comme telles par le récit et aboutissent à la sanction des coupables, souvent dans des gerbes de bidoche. Et sans vouloir spoiler, sachez qu'à la fin, l'amour véritable l'emporte toujours.
Wicked City apparait donc comme une pure capsule temporelle des délires japanim de cette époque. Et malgré un budget qu'on devine très serré, le film fourmille d'idées visuelles marquantes mettant bien en image les angoisses sexuelles de castration, de dévoration, de réabsorption et de pénétration. Ou parfois juste du plaisir de body horror comme cette tête sur pattes dont les yeux exorbités au bout de leurs nerfs optiques finissent par s'ouvrir en gueules dentues. On retiendra également des choix radicaux de colorimétrie (on sait enfin où James Cameron a puisé son inspi pour Avatar).
Un chouette visionnage nostalgie pour ma part, mais attention, clairement pas pour tout public.