La Collectionneuse fait partie de ces films brûlants qui, le temps d’un été, relatent les amours tumultueuses d’une bande d’amis qui, en pensant ne rien faire, font l’épreuve de ce rien, de cette chose qui ne compte pas mais qui compte quand même, que l’on théorise, que l’on diabolise, à laquelle on succombe. La femme apparaît ici comme une tentatrice à repousser, une collectionneuse qui, aux yeux des hommes, ne cherchent qu’à accroître sa collection ; le regard masculin porté sur la femme est celui d’une misogynie castratrice, l’amour s’apparentant à une guerre entre les sexes dans laquelle l’honneur et la maîtrise de soi doivent triompher ; le regard féminin, quant à lui, révèle l’angoisse et la culpabilité permanente dans lesquelles vivent les hommes, l’amour n’étant que le moteur d’une exploration de soi. D’un côté, l’homme doit être seul ou avec son semblable s’il veut être « en totale disposition de soi » ; de l’autre côté, la femme multiplie les expériences, laisse libre cours à ses désirs, vit dans une forme de spontanéité primitive. D’un côté, l’homme-philosophe use son esprit et ses mots à enfouir sous des préceptes moraux un désir tout-puissant ; de l’autre côté, la femme libérée des contraintes extérieures, bête nocturne qui dort le jour et sort la nuit, quitte la villa dans les bras d’un jeune conducteur pour revenir, au petit matin, raccompagnée par un autre.


Le film d’Éric Rohmer diffuse un sentimentalisme tourmenté et intellectualisé – alors même qu’il s’efforce de rompre avec l’intellect, de recouvrer le lien premier au monde et aux choses –, il reste avant tout une œuvre brûlante dans un contexte marqué par la libération sexuelle de l’adolescent non pas perçu comme jeune adulte devant trouver sa place dans la société de ses pairs mais comme dilettante qui profite des vacances méridionales pour éprouver sa liberté : « Il faut avoir le courage de ne pas travailler », affirme d’ailleurs l’un des amis. La Collectionneuse est à Rohmer ce que Le Jeu de l’amour et du hasard est à Marivaux, soit une œuvre qui se plaît à mettre à l’épreuve l’amour et l’identité par un jeu avec les rôles que l’on se donne ou que l’on attribue à l’autre. Un film incandescent.

Créée

le 9 mai 2020

Critique lue 357 fois

Critique lue 357 fois

5

D'autres avis sur La Collectionneuse

La Collectionneuse

La Collectionneuse

4

DjeeVanCleef

le 6 oct. 2013

Suivre

L'exécrable ingénue.

C'est mon premier Rohmer et te dire que j'y allais à reculons c'est être loin de la vérité. Rohmer fait parti de ces gens qui me font flipper rien qu'à l'évocation de leurs noms. Plus encore que...

La Collectionneuse

La Collectionneuse

7

Eric-Jubilado

le 10 juil. 2016

Suivre

Une fille de la Nouvelle Vague

Au premier regard, "la Collectionneuse" est construit sur un sujet assez proche de celui de "la Carrière de Suzanne" : deux hommes à la goujaterie insupportable - leur "supériorité" basée non pas sur...

La Collectionneuse

La Collectionneuse

10

Kévin_Aubert

le 23 avr. 2013

Suivre
Dernière modification

le 28 avr. 2014

Critique de La Collectionneuse

Rohmer est un génie. Un génie parce qu’il sublime littéralement la vie banale. Un génie, parce qu’avec peu de moyens, il nous fait voyager dans des univers à chaque fois léger, apaisant et dépaysant...

Du même critique

Astérix & Obélix - L'Empire du milieu

Astérix & Obélix - L'Empire du milieu

2

Fêtons_le_cinéma

le 1 févr. 2023

Suivre

L’Empire sous-attaque

Nous ne cessons de nous demander, deux heures durant, pour quel public Astérix et Obélix : L’Empire du Milieu a été réalisé. Trop woke pour les Gaulois, trop gaulois pour les wokes, leurs aventures...

Sex Education

Sex Education

3

Fêtons_le_cinéma

le 19 janv. 2019

Suivre

L'Ecole Netflix

Il est une scène dans le sixième épisode où Maeve retrouve le pull de son ami Otis et le respire tendrement ; nous, spectateurs, savons qu’il s’agit du pull d’Otis prêté quelques minutes plus tôt ;...

Ça - Chapitre 2

Ça - Chapitre 2

5

Fêtons_le_cinéma

le 11 sept. 2019

Suivre

Résoudre la peur (ô malheur !)

Ça : Chapitre 2 se heurte à trois écueils qui l’empêchent d’atteindre la puissance traumatique espérée. Le premier dommage réside dans le refus de voir ses protagonistes principaux grandir, au point...