Le cinéma de Jérôme Bonnell mérite considération, pour sa délicatesse et son ironie, depuis ses débuts dans Le chignon d'Olga. Mais l'adaptation du roman de Léonor de Récondo, Amours, lui offre l'occasion de montrer davantage d'ambition, dans la catégorie du drame bourgeois, joliment revisité par une vision féministe qui pervertit avec force et subtilité le classicisme inhérent à son sujet de départ. Qualité de la mise en scène, vitalité des dialogues et progression dramatique impeccable forment une combinaison irrésistible dans un étonnant triangle sentimental constitué d'un notaire, sa femme et leur bonne. Le film apporte toute son attention à chacun de ses trois personnages, ne condamnant personne, puisqu'ils sont de manière différente des victimes de leur condition. À noter d'ailleurs que le rôle de la mère, un peu périphérique, se révèle pourtant essentiel, incarnée par une phénoménale Emmanuelle Devos. L'interprétation est globalement remarquable et contribue à assurer la crédibilité d'une histoire qui, autrement, aurait pu sembler difficile à avaler pour l'époque, le début du XIXe siècle, où elle se déroule. Protagoniste le moins aimable du trio central, Swann Arlaud n'a jamais été aussi bon, tandis que Louise Chevillotte excelle dans le grand rôle que l'on attendait pour elle, au côté d'une Galatéa Bellugi qui confirme sa grande finesse de jeu. Autant d'interprètes que l'on devrait retrouver en bonne place aux prochains Césars, si la logique du talent est respectée.