La Condition est un plutôt bon film, reposant sur un plutôt bon scénario (adapté d'un roman de Léonor de Récondo : Amours) et quatre excellents ou très bons comédiens. Réalisateur et scénariste : Jérôme Bonnell ; chef opérateur : Pascal Lagriffoul ; acteur et actrices principaux : Swann Arlaud (le notaire), Louise Chevillotte (Victoire, sa jeune femme ), Galatea Bellugi (Céleste, la jeune bonne) et Emmanuelle Devos (la mère handicapée du notaire). L'intrigue se passe en 1908 et la reconstitution de l'époque (décors, costumes, coiffures, etc.) est également très correcte. Alors où est le problème ? Il vient, je crois, de ce qu'une histoire qu'on a, dans un roman, tout le temps de détailler, faire comprendre et admettre, ne passe pas forcément aussi bien, aussi clairement, dans un film d'une centaine de minutes, car les images montrent mais ne disent pas tout clairement. Dans La Condition, il y a des aspects de l'intrigue qu'on comprend mal. Si Victoire n'aime pas son notaire de mari (qui n'est pas un laideron, puisqu'il est personnifié par Swann Arlaud), pourquoi l'a-t-elle épousé ? De son manque d'enthousiasme à remplir le devoir conjugal découlent toutes sortes de problèmes, puis des péripéties qui, parce qu'inconvenantes (en tout cas, pour l'époque), sont largement vécues sous le manteau. L'intrigue met tant de temps à prendre forme, que de ce rythme ronronnant peut naître un désintérêt pour les agissements de ce trio faussement classique qui évolue presque toujours en clair-obscur. Or pour être tout à fait comprise, cette histoire pleine de non-dits et de montrés à moitié réclame une totale attention du spectateur. Qu'il s'assoupisse, ne serait-ce que quelques minutes, et il en perdra le fil et aura du mal à raccrocher les bidons ensuite. D'ailleurs, même attentif, il peut avoir quelques difficultés à comprendre par quels détours la femme du notaire et la bonne & maîtresse de celui-ci ont pu accorder leurs violons amoureux et "s'arranger" pour s'enfuir ensemble outre-Atlantique en emportant avec elles le bébé mâle né des ébats nocturnes compensatoires de leur ex-"seigneur et maître", ainsi que l'antiquité (or, diamants, rubis) la plus précieuse du logis familial. Mais le cinéphile en a forcément vu d'autres au cinéma, il ne s'en formalise donc pas, passe outre ces quelques invraisemblances et sort de la séance en se disant que Louise Chevillotte (Victoire) et Galatea Bellugi (Céleste) ont bien du talent puisqu'elles parviennent à lui rendre cet improbable happy end intellectuellement à peu près acceptable et moralement presque satisfaisant... à la condition expresse de ne pas s'être assoupi en cours de route.
Pour résumer, le film vaut entre "6" et "7", mon "6" étant assez sévère.