Voilà un film que je trouve plutôt réussi. Qui parvient, à mes yeux, à joliment retranscrire la condition féminine au sein de la bourgeoisie française au début du vingtième siècle. Le tout baignant dans une foutue ambiance de bienséance hypocrite, parfaitement rendue par le scénario et la plupart des scènes du film, qui ne font parfois qu'effleurer les sujets mais où les non-dits et les silences en disent plus long qu'un discours. Et cela résulte dans une large mesure de la performance des trois acteurs principaux, tous excellents.
Et même si le film porte une vision féministe, je citerais en premier lieu Swann Arlaud, qui crève l'écran dans un rôle de sale type, un peu à contre-emploi en fait. Ça faisait longtemps que je n'avais pas vu un tel connard au cinéma. Attention, ce n'est pas le grand méchant classique que l'on retrouve par exemple dans le cinéma d'action. Parce qu'il est crédible et non caricatural à l'extrême et possède également ses failles et ses faiblesses. A ses côtés, les deux personnages féminins débordent, selon les péripéties du scénario, de souffrance muette et de tendresse. Il faut dire que le film est un véritable catalogue des violences infligées aux femmes. Un catalogue exhaustif, il n'en manque pas une je crois. Ce qui souligne bien sûr le propos, même si ce côté énumératif pourrait avoir quelque chose d'un peu irritant.
Et au-delà de la seule place des femmes dans une société patriarcale, l'aspect social du film n'est pas éludé. Parce qu'il parle également des rapports de classe : à travers les bonnes, taillables et corvéables à merci, que l'on peut chasser selon le bon vouloir du maître. Et aussi parce que l'on y voit, à l'occasion de réceptions mondaines, des bourgeois se goberger des bonnes affaires qu'ils se préparent à faire ou s'esbaudir devant la beauté d'une œuvre d'art. Et le clergé n'est pas oublié : il n'intervient à vrai dire que lors d'une seule scène, mais celle-ci a suffisamment de force pour être éloquent, même si elle est courte.
La fin est assez bien fichue et va permettre au spectateur de soulager quelque peu la tension qui perdure tout au long du visionnage. On la devine cette fin, sans qu'elle soit véritablement amenée à l'écran. Ce qui entretient le suspense jusqu'au bout, mais fait que l'on sort de la salle de ciné plutôt content et non complétement plombé par les horreurs qui défilent pendant une heure trente.