Première incursion de Jérôme Bonnell au sein du film d’époque et premier vrai faux pas de sa filmographie après tous ses sympathiques autres films, des chroniques entre comédies, drames et films romantiques (ou les trois à la fois). Pas que « La Condition » soit totalement raté mais il faut avouer que cette adaptation d’un roman de 2015 souffre d’un traitement formel bien trop académique et poussiéreux. En effet, visuellement c’est très austère, sentiment renforcé par un presque huis-clos pas toujours bien filmé ni éclairé. Rarement le cinéma français nous propose des œuvres aussi classiques (dans le mauvais sens du terme) à regarder. Si le film était sorti dans les années 80 comme « Madame Bovary » on aurait pu pardonner ce type de mise en scène poussiéreuse mais en 2025, c’est tout de même moins aisé à ignorer.
Heureusement, la seconde partie du long-métrage est (un peu) plus aimable que la première, très longue à démarrer. Durant une bonne demi-heure, il est difficile de déceler de quoi il en retourne et quels vont être les sujets proposés par « La Condition ». On a l’impression d’assister à un « film musée » qui reconstitue la vie des bourgeois et de leurs domestiques au début du siècle dernier (l’intrigue se déroule en 1908). En plus, il y a un côté très (trop?) théâtral dans le jeu des acteurs et les dialogues sonnent parfois faux ce qui déteint également sur certaines situations. On a le sentiment d’un film lent dont les enjeux ne sont pas clairement dépeints. Petit à petit, tout se met en place et cela s’améliore mais il aura fallu supporter une petite moitié de long-métrage assez pénible, molle et peu aimable.
C’est très étonnant qu’un tel sujet subisse un traitement aussi désuet puisque le propos est finalement assez moderne. En effet, il est question ici du droit de disposer de son corps pour une femme, de sororité et de patriarcat associé à la masculinité toxique. Bref, que des sujets finalement très contemporains que l’on pourrait mettre en perspective avec le mouvement MeToo actuel. Alors oui, depuis une petite décennie, on mange de ce type de sujets à toutes les sauces mais adapté en 1908, ça a une tout autre saveur. Et c’est là que le film est intéressant même si les personnages ne parlent pas beaucoup et que tout cela manque clairement de punch. « La Condition » est donc une déception de la part de son auteur et sa forme n’est aucunement adaptée à son fond (pourtant de qualité) mais la seconde partie rattrape quelque peu la mise et évite le raté total.
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