--- Bonsoir, voyageur égaré. Te voila arrivé sur une critique un peu particulière: celle-ci s'inscrit dans une étrange série mi-critique, mi-narrative, mi-expérience. Plus précisément, tu es là au vingt-quatrième épisode de la huitième saison. Si tu veux reprendre la série à sa saison 1, le sommaire est ici :
https://www.senscritique.com/liste/Vampire_s_new_groove/1407163
Et si tu préfères juste le sommaire de la saison en cour, il est là :
https://www.senscritique.com/liste/soul_s/3323463
Et si tu ne veux rien de tout ça, je m'excuse pour les parties narratives de cette critique qui te sembleront bien inutiles...---
Tandis qu'hier, Coppola lui-même s'évertuais à nous dire qu'il n'avait foutrement aucune idée de ce que pouvait bien être un fantôme, j'arrivais ce soir sur probablement le film que j'attendais le plus du mois. Oui, malgré un de mes rares Tim Burton inédit au programme, malgré mes retrouvailles avec Neil Jordan, malgré une successions de grands noms et de titres légendaires, c'est cette oubliée Dame en Noir qui retenait ma curiosité. Il faut me comprendre : moi qui adore la Hammer, ce bref revival des années 2010 me fascinait et m'inquiétait, et je n'avais jusqu'à présent jamais eu l'occasion d'en découvrir le moindre film (car bien évidemment il était hors de question pour moi de voir l'un de ces films en dehors d'un mois-monstre). Je me disais que s'il y avait bien un studio, un dernier espoir pour moi de percer le mystère des fantômes, c'était bien vers la Hammer que je devais me tourner. Du film je savais également qu'il avait été salvateur pour un Daniel Radcliffe sortant tout juste de la saga Harry Potter, et cherchant à se réorienter vers des films plus exigent, plus mature, et laisser derrière lui le costume du garçon à la cicatrice. Et le pari a été gagnant, puisque je l'ai retrouvé quelques années plus tard, mais dans un mois-monstre précédent, en un Igor fascinant dans Docteur Frankenstein. Bref. La Dame en Noir s'annonçait être un grand moment. Et c'est vrai que j'ai un peu pris l'habitude ce mois d'écrire "eh ben non !" après les introductions présentant le film attendus comme le messie : eh ben non ! Ce n'est pas le cas ici. La Dame en Noir est réellement l'un des meilleur film de fantôme que j'ai vu ce mois, et j'adore terminer cette aventure peu concluante au moins sur cette note lumineuse, non seulement d'un film excellent, mais également d'un film sortant du studio qui a souvent débuté le mois-monstre mais qui ne l'avait jamais terminé. On retrouve là son gout pour le gothique, flirtant avec le trop, sans jamais l'atteindre, restant toujours à la limite d'un enchantement glaçant, avec le talent de ne jamais déborder dans le grotesque. Daniel Radcliffe est, effectivement, excellent, et si le premier réflexe qu'on a en le voyant pour la première fois est de se dire "c'est Harry Potter !", on est bien rapidement invité à cesser ces enfantillages. Le studio tente aussi des choses plus modernes, du bon comme du moins bon. Dans le bon, on a cette scène d'ouverture absolument parfaite en tout points, avec cette tendance qu'à l'horreur à aller vers les hautes lumières depuis quelques années, que la Hammer, avec son talent absolue pour l'image, n'a aucun problème à maitriser à la perfection dès sa première tentative (il me semble ?). Dans le moins bon on a CES CONNERIES DE JUMP SCARE ! Au secours ! Mais c'est nul ! C'est nul, parce que en plus la Hammer sait, depuis des décennies, faire peur sans avoir besoin de faire "bou !". Et elle le fait encore ici avec délice, mais elle se sent obliger de rajouter des jump scare de con, et on a l'impression qu'ils sont juste là pour réveiller l'audience qui n'a plus l'habitude d'horreur d'ambiance et qui a besoin de rester stimulée. Alors oui c'est bien fait si on veut, mais bon, moi aussi je sais me cacher derrière une porte pour surprendre le passant. C'est le degré zéro de l'horreur, je l'ai déjà dit, je le redis, j'ai horreur de ça, ça ne sert à rien, c'est confondre la peur avec la surprise, confondre un état psychologique avec un reflexe physique. Et malgré cette débauche de jump scare inutiles, je n'ai pas détesté le film du tout. C'est dire à quel point tout le reste est charmant. Alors est-ce que j'ai finalement percé le mystère du fantôme, je ne sais pas, je ne pense pas. Il a cette forme d'absolue qu'aucun autre monstre n'a jamais eu, qui en témoigne ce soir ce personnage qui semble sceptique et scientifiquement rationnel, mais qui au fond de lui sait, sans aucun doute, que son village est hanté. Je retrouve aussi le thème commun à tous les monstres, dans sa façon de terrifier et de tyranniser, mais de cacher au fond une souffrance et un lancinant besoin d'être aidé. Finalement je crois que le fantôme a peut-être ceci d'inatteignable qu'il est le monstre ultime, un monstre même pour les autres monstres. Plus immortel que les autres, plus invisible que les autres, soufrant des affres pires que les autres, infligeant des douleurs pires que les autres. Une sorte de monstre au carré. Le tout premier monstre que la conscience humaine ai pu imaginer. Le seul dont on a pas encore tout à fait éliminé l'éventuelle réalité. Le premier, qui sera probablement le dernier. Le seul qui restera quand l'humanité elle-même aura disparu. Des fantômes.