Alors là on se demande qu’est-ce que c’est que cette histoire de renards qui dansent, et qu’est-ce que ça a à faire avec un film sur des jeunes boxeurs.

Beaucoup de mystères émanent de la présence de ces animaux, dans le titre et tout au long du film, à travers des scènes de tendresse sans jamais de vraie proximité avec les humains… Ils ont quelque chose de mouvant, d’élégant, un peu insaisissable. Une forme de grâce : on aime les contempler, mais certains finissent toujours par vouloir les attraper et les faire disparaître.


C’est un film sur des jeunes qui font de la boxe…. Mais on n’y parle pas vraiment de boxe ; plutôt de tout ce qu’il y a autour : son système très codifié, profondément masculin, où la douleur est devenue une norme. On apprend à l’accepter, à la taire, puis à la valoriser. Une sorte d’omertà de la souffrance, intégrée très tôt à des garçons encore loin d'être des adultes.

Le film ne désigne pas de coupable évident : personne n’est vraiment le grand méchant. Chacun fait avec ce qu’il a, avec ce qu’on lui a appris. Certains sont plus lâches que d’autres… mais tout le monde participe, à sa manière, à faire tourner une machination qui les dépasse.

Tout paraît plutôt authentique, des rires et moqueries aux embrouilles… Quel bonheur quand un film met en scène des adolescents, et les laisse parler comme... des adolescents ! L’amitié entre Camille et Mattéo, au centre du film, tient bien sans être idéalisée.


Les brèches ouvertes par le film face à cette rigidité passent toutes par la même chose : la douceur. D’abord dans cette amitié, puis dans la rencontre amoureuse, mais aussi dans les moments en compagnie des renards, qui eux, incarnent autre chose ; une présence à la fois calme et libre, mais aussi fragile et méfiante. Ils sont une alternative à cette logique de performance et de domination.

Même si la métaphore est parfois un peu appuyée (avec cette idée d’une administration qui cherche à les contrôler), elle fonctionne parce qu’elle apporte un contrepoint simple et lisible.


La mise en scène accompagne bien le propos. Dans cette forêt qu'on ne situe pas vraiment, le cadre resserré, presque en 4:3, donne une vraie identité au film et enferme les corps sans pour autant les figer. On lui a reproché son côté contemplatif, que je trouve plutôt agréable au contraire. Le film prend le temps et laisse exister le doute, la fragilité...


La dernière scène est sans doute le moment le plus fort. Elle évite les sorties attendues et propose quelque chose de plus ambivalent. C'est une victoire, oui, mais il y a surtout une défaite dans cette victoire. On comprend les limites de cette résistance à la douleur, de cette virilité poussée jusqu’au bout. Comme un renard, la douleur ne s’apprivoise pas.

Les dernières images de l'amitié avec Matteo sont aussi réussies. On sent que le lien existera toujours, même si les faits sont trop lourds pour continuer comme avant. Pas de réconciliation facile, mais une forme de reconnaissance et de loyauté, après tant de trahisons et de cassures.


Entre le courage qu’on valorise et la souffrance qu’on impose,

Entre la force qu’on admire et celle qui abîme,

La Danse des renards est un film sensible, juste, et plus accessible qu'on pourrait le coire.

scamboy59
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le 3 avr. 2026

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scamboy59

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