- Papa, je…
- Qu'est-ce que tu fais là, Henry ?
- J'ai reçu une lettre d'un prêtre. Le père Jacob.
- Tu es venu me voir mourir ?
- Mais non, père… Enfin… oui. Père.
- Tu sais qui est responsable ?
- Oui, papa. Maman me l'a dit.
- Dis moi son nom ?
- Le shérif Butler de Trinity.
- J'en ai bavé en prison pendant toutes ces années.
- Je sais, père.
- Je ne reposerai pas en paix tant que ce salaud sera en vie. Tu sais ce qu'il te reste à faire.
- Dis que tu n'es pas un meurtrier.
- Promets-moi que tu me vengeras ! En montant sur cet échafaud, je veux avoir l'esprit tranquille. Promets que tu le feras.
- Je te le promets.
- Quand ce sera fait, Dieu saura te récompenser. Ta maison est aussi celle du Seigneur.
Pour les amateurs du genre mais pas au-delà
Avec La Dernière Chevauchée, Richard Gray signe un western contemporain classique dans sa forme et limité dans ses ambitions, puisqu’il respecte les codes du genre à la lettre, mais demeure toutefois trop sage pour marquer durablement ce paysage cinématographique. Néanmoins, on ne peut pas lui retirer le fait qu’il reste du début à la fin un western correctement exécuté. Le scénario de Lee Zachariah repose sur une structure familière, centrée sur la vengeance. Henry (Brandon Lessard), simple citoyen, se retrouve contraint de répondre à la dernière requête de son père, formulée juste avant sa pendaison : venger l’homme qui l’a fait condamner à tort. Cette quête le mène à Trinity, une petite ville gangrenée par les faux-semblants, où s’affrontent différentes visions de la loi, entre justice légitime, violence légale et corruption morale propre à l’Ouest. Henry se retrouve alors pris entre le shérif intègre Gabriel Dove (Pierce Brosnan) et un mystérieux hors-la-loi, St. Christopher (Samuel L. Jackson), autour duquel s’articule un autre mystère plus ou moins efficace. En cela ce western développe plusieurs arcs narratifs, d’une efficacité variable, dans lequel se trouve celui d'un autre personnage, l’Amérindienne Running Cub (Q'orianka Kilcher). L’intrigue progresse sans réelle surprise, mais propose néanmoins quelques moments de réflexion intéressants sur la véritable nature des personnages et sur la quête du trésor, même si l’ensemble manque parfois de tension dramatique, notamment autour de Running Cub.
Le principal intérêt du film réside dans la réunion de deux acteurs majeurs que l’on voit trop rarement évoluer dans le registre du western avec Pierce Brosnan et Samuel L. Jackson. Leur présence confère au récit une véritable assise et un dynamisme certain, donnant de l’épaisseur à des personnages qui, sur le papier, auraient pu rester très convenus. Pierce Brosnan livre une prestation sobre et crédible dans le rôle du shérif Gabriel Dove, figure d’autorité désabusée mais déterminée, prête à faire front envers et contre tous, quitte à s’aliéner l’ensemble de la population et à mettre sa propre vie en danger. Si le personnage demeure relativement attendu dans son écriture, il fonctionne pleinement grâce au charisme naturel de l’acteur et à son jeu tout en retenue. De son côté, Samuel L. Jackson impose une présence indéniable à l’écran. Son personnage, St. Christopher, est sans conteste le plus fascinant du film, à la fois ambigu, imprévisible et charismatique. Malheureusement, malgré tout le potentiel qu’il incarne, il reste partiellement sous-exploité par le scénario, qui n’ose jamais pousser cette figure énigmatique jusqu’au bout de sa complexité. Brandon Lessard, dans le rôle principal, remplit correctement sa fonction, sans imposer une véritable identité forte au héros. Q'orianka Kilcher n'est pas mauvaise, mais elle reste oubliable. Veronica Ferres, Gianni Capaldi, Q’orianka Kilcher, David Arquette, Tim Daly, Ethan Peck, Katrina Bowden complètent le casting avec plus ou moins d'efficacité.
La réalisation est propre et lisible. Les décors conçus par Tessla Hastings sont efficacement exploités, notamment à travers de beaux paysages du Montana, tandis que la photographie de Thomas Scott Stanton se révèle un peu faible bien qu'elle possède quelques bons moments (notamment celui sur le duel final avec en arrière plan la croix de Jésus renversée), et que les costumes de Vicki Hales s’avèrent convaincants. L’ensemble est visuellement agréable à regarder, bien que le manque de parti pris esthétique se remarque. Côté composition musicale, il faut reconnaître que Marco Beltrami et Tristan Beltrami ont fait dans l'ensemble du bon travail. Le rythme se montre d’abord légèrement inégal, mais le récit parvient rapidement à capter l’attention. Dans un premier temps, il hésite entre un western contemplatif et un récit d’action, avant d’assumer progressivement une orientation plus frontale. Sur ce terrain, le film se révèle plutôt efficace, proposant plusieurs fusillades bien mises en scène, avec des accès de violence parfois surprenants. Certaines séquences, notamment celle impliquant Henry et une prostituée, basculent brutalement dans une violence plus marquée, renforçant ponctuellement la tension narrative. Le duel final dans l’église, opposant naturellement les personnages incarnés par Pierce Brosnan et Samuel L. Jackson, constitue l’un des temps forts du film. L’échange verbal qui précède l’affrontement installe une tension appréciable avant que la confrontation armée n’éclate. Si cette conclusion ne se distingue pas par une originalité marquante, elle demeure efficace en offrant une résolution satisfaisante, tant pour le personnage de Samuel L. Jackson que pour celui de Pierce Brosnan, avec une morale scénaristique qui trouve globalement sa justesse.
CONCLUSION :
La Dernière Chevauchée de Richard Gray est un western agréable, fidèle aux codes du genre qui séduira surtout les amateurs de westerns. Toutefois, son classicisme et son manque d’audace le rendent finalement trop sage pour rivaliser avec les grands westerns contemporains, ce qui en fait une œuvre mineure.
Un western honnête mais timoré.
- Je vois que le père Steve n'était pas invité.
- Au moins, je l'ai envoyé voir son Créateur.
- Vous allez sortir vos miches de ce trou. Vous avez assez profané cet endroit.
- Et ce verre qu'on devait boire ensemble, ça tient toujours.
- Avec plaisir, j'apporterai un whisky dans votre cellule.
- En parlant de whisky, j'ai failli recracher celui que j'ai bu hier quand on m'a raconté qu'Isaac Broadway avait bâti cette église. Si ce salopard était vraiment chrétien, alors il faudrait démolir toutes les églises du monde et reconsacrer le sol sur lesquelles elles étaient construites. Les péchés du père sont l'héritage du fils.