Figure emblématique des crimes contre l'Humanité commis par le 3ème Reich, Josef Mengele est malheureusement également célèbre pour avoir échappé à toute forme de procès jusqu'à sa mort. Kirill Serebrennikov revient sur cette cavale qui s'est étalée sur plusieurs décennies.
Le film dresse un portrait très humain de ce véritable monstre. Qui n'a visiblement éprouvé aucun remord d'avoir choisi et envoyé à l'extermination des milliers de déportés, et d'avoir mené de funestes expériences à Auschwitz. Mais c'est justement ce qui est intéressant ici, d'essayer de comprendre l'état d'esprit d'un tel homme, convaincu jusqu'au bout des ongles des idéologies nazies.
Et puis il faut avouer qu'il y a quelque chose de réjouissant à voir que les trente dernières années de sa vie n'ont guère été faciles pour lui. Mengele est présenté comme nostalgique et amer du régime nazi. Isolé de sa famille, avec de moins en moins de moyen. Rapidement insupportable pour les membres de son association d'anciens nazis. Complètement paranoïaque à l'idée de se faire capturer et jugé, comme le fut Eichmann. Et très diminué sur la fin.
August Diehl convient très bien à ce rôle, son air taciturne et son visage dur fonctionnant bien pour incarner un criminel de guerre nazi.
Le tout pour un portrait sombre... mais en doutait-on au vu du personnage ? C'est filmé dans un noir & blanc de toute beauté, insistant sur la noirceur de cet homme. Avec quelques petits effets de styles, dont des plans séquences parfois percutant. Il y a également une séquence en couleur qui prend aux tripes (facile de deviner ce dont il s'agit avec un sujet pareil !).
En revanche, Kirill Serebrennikov a tendance à s'étendre sur des passages pas forcément indispensable, aussi le film aurait pu être un peu raccourci. De même, la construction en allers-retours dans le temps (entre les années 50/60 et la fin des années 70) parait inutilement alambiquée. Un montage plus linéaire aurait pu fonctionner également et fluidifier le récit.