Dans un pays indéterminé, un homme tout ce qu'il y a de plus ordinaire est arrête dans un café par un membre de la police, pour une raison qu'il ignore. Il va être escorté par deux membres de la corporation en direction de la capitale afin d'être interrogé, soupçonné d'être un opposant politique.
Peter Fleischmann est surtout connu pour son premier film, Scènes de chasse en Bavière (grosse influence également pour Michael Haneke), et celui-ci, son quatrième, a quelque chose d'étrange. Déjà, aucun personnage n'est nommé, puis l'action se passe dans un pays jamais cité, mais on devine aux écriteaux qu'il s'agit de la Grèce, avec des acteurs principaux français, italiens, allemands, le tout avec une musique de Ennio Morricone et une (superbe) photo de Luciano Tovoli ! Même s'il est rapidement fait illusion à la politique, surtout dans un premier interrogatoire musclé, où le chef croit qu'il a dessiné une planque d'armes sur la nappe du café (alors qu'il s'agissait de la poitrine de sa copine !), il y a surtout un côté fable qui va jouer quand vont intervenir Michel Piccoli (la classe incarnée avec ses lunettes de soleil et son costard, et qui fut d'ailleurs coproducteur) ainsi que son comparse joué par Mario Adorf, un type assez bourru. Ugo Tognazzi joue très bien ce type ordinaire, qui vit au départ un cauchemar kafkaïen mais il va retourner ce qui est au départ un (gros) souci, car il pense qu'il va finir fusillé en tant que supposé opposant politique, va être peu à peu un avantage jusqu'au twist final assez surprenant, qui donne presque un sens au mot conte quand on parle du film.
C'est très bien filmé, avec un plan-séquence effrayant où on voit cette police rentrer dans un bâtiment pousser un homme au suicide, avec ce côté solaire cher à la Grèce, et les acteurs y sont excellents. On peut regretter que la musique de Morricone fasse tellement penser à celle d'Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon, mais l'histoire est suffisamment passionnante, surprenante, voire même flippante (n'oublions pas que la Grèce sortait d'un régime politique terrible deux ans plus tôt) pour qu'on puisse y jeter un œil.