Avec la collection Make My Day, le spectateur est invité à redécouvrir des films aussi singuliers que passionnants. La Faille, de Peter Fleischmann, s’impose comme un long métrage étrange, déroutant parfois, mais profondément captivant.
L’action se déroule dans un pays jamais nommé. Pourtant, tout évoque la Grèce, où le film fut tourné. Une dictature militaire y règne en maître, rappelant le contexte politique grec de l’époque. Dans un bar, un simple citoyen est brusquement arrêté par les services spéciaux. Son unique faute : avoir vu son pied accidentellement écrasé par un autre homme. Un geste insignifiant qui le conduit pourtant, sans délai, à un interrogatoire implacable.
L’homme est incarné par l’immense Ugo Tognazzi. Il est escorté par deux agents que tout oppose : l’un, inquiétant et froid, interprété par le magistral Michel Piccoli ; l’autre, plus bavard et nerveux, joué par le volubile Mario Adorf. Nous sommes alors à l’âge d’or des coproductions européennes, où les talents circulaient librement d’un pays à l’autre.
Le scénario est signé Jean-Claude Carrière, collaborateur fidèle de Luis Buñuel et auteur de nombreux films populaires du cinéma français. La Faille évoque parfois un Costa-Gavras teinté de surréalisme, ou encore Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon d’Elio Petri. La musique, composée par Ennio Morricone, n’est certes pas sa partition la plus mémorable, mais même mineur, un score du maître demeure plus inspiré que bien des bandes originales contemporaines.
La photographie est assurée par Luciano Tovoli, qui travailla notamment avec Dario Argento et Michelangelo Antonioni, conférant au film une atmosphère à la fois clinique et oppressante.
Avec de tels ingrédients, La Faille se révèle être un film dense et passionnant de bout en bout, une œuvre injustement oubliée qui mérite amplement d’être redécouverte.