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La Femme du Vème de Paweł Pawlikowski est un film à part, un objet cinématographique étrange, aussi fascinant que déroutant. Si je lui ai attribué la note de 6/10, c’est parce que malgré une ambiance marquante et une réelle proposition artistique, le film m’a laissé sur une impression d’inabouti. Entre envol poétique et confusion narrative, il semble ne jamais choisir, oscillant entre le sublime et le flou, entre la suggestion maîtrisée et l’hermétisme gratuit.
Dès les premières scènes, Pawlikowski parvient à capter l’attention grâce à une mise en scène très sensorielle et une atmosphère oppressante. Paris, pourtant reconnaissable, y devient un décor quasi irréel, filmé comme une ville étrangère, étouffante, où le réel vacille à chaque coin de rue. Ce choix de décaler l’espace participe à un climat de tension sourde, comme si le personnage principal, Tom Ricks, évoluait dans un rêve fiévreux. La photographie, superbe, accentue cette impression de flottement, et c’est sans doute l’un des plus grands atouts du film : sa capacité à installer un monde en demi-teinte, où tout semble instable, incertain.
Mais cette atmosphère, aussi réussie soit-elle, ne suffit pas à porter tout le film. Très vite, on se heurte à une narration volontairement énigmatique, qui multiplie les zones d’ombre sans toujours offrir de prises au spectateur. Le mystère devient un voile persistant, mais jamais vraiment percé. Certaines scènes intriguent, d’autres désarçonnent, mais peu d’entre elles apportent une véritable progression dramatique.
L’intention est claire : Pawlikowski ne veut pas livrer de réponses faciles. Il préfère suggérer plutôt qu’expliquer, brouiller les pistes plutôt que les tracer. C’est une démarche respectable, mais qui trouve ici ses limites. À trop vouloir jouer avec l’ambiguïté, le film finit par perdre de son intensité émotionnelle. Le spectateur devient simple observateur d’un récit qui refuse de s’ouvrir.
Ethan Hawke, dans le rôle principal, livre une prestation intérieure et subtile, fidèle à l’esprit du film. Son personnage, Tom, est un homme brisé, tiraillé entre culpabilité, désir de reconstruction et glissements psychiques. Mais si son errance fascine, elle finit aussi par lasser, faute de points d’ancrage émotionnels. On comprend ses blessures, mais on peine à s’y attacher.
Quant à Kristin Scott Thomas, elle incarne avec brio une femme énigmatique et séduisante, presque spectrale. Son personnage incarne la tentation, le mystère, mais aussi l’impossibilité d’un lien véritable. C’est une figure plus symbolique que charnelle, plus concept que personne. Et cela résume bien la principale limite du film : à force de tout rendre abstrait, il écarte le spectateur de l’expérience émotionnelle.
Il serait injuste de ne pas saluer la maîtrise formelle du réalisateur. La composition des plans, la gestion de la lumière, le rythme lent mais habité : tout concourt à faire du film un objet d’art visuel. Pawlikowski filme avec une grande sensibilité, et parvient à créer une ambiance presque hypnotique, qui persiste longtemps après le générique.
Mais cette virtuosité formelle ne suffit pas à masquer l’absence de véritable tension narrative. Le film est beau, oui, mais parfois beau pour lui-même. On admire, mais on ne vibre pas.
En définitive, La Femme du Vème est un film à l’image de son titre : fuyant, opaque, difficile à situer. Il possède un charme indéniable, une singularité précieuse dans le paysage cinématographique, mais aussi une certaine froideur qui peut décourager. C’est un film qui mérite d’être vu, pour son audace et son esthétique, mais que l’on quitte avec une forme de frustration – comme si l’on avait contemplé un mystère sans jamais pouvoir y entrer.
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