Adattatore tradittore.
Voilà une version très infidèle et pourtant assez jouissive du désormais célèbre Dernier problème de Sir Arthur Conan Doyle, qui se voulait le point final des Aventures de Sherlock Holmes !
Basil Rathbone et Nigel Bruce reprennent leurs rôles de locataires du 221 B Baker Street et font face à la Femme en vert, Hillary Brook, qui reviendra dans Echec à la mort, et son terrifiant commanditaire, j'ai nommé le Pr James Moriarty en personne, incarné par Henry Daniell, que l'on retrouvera dans plusieurs autres volets de la saga dans différents rôles.
Deux intérêts notables.
D'abord, le choix d'user de l'hypnose en toile de fond de cette histoire. Certes, cette science encore méconnue et parfois proie de la méfiance du public d'aujourd'hui y est traitée de manière assez caricaturale.Mais le film a ce mérite de la mettre en scène et d'employer à cette fin une esthétique infiniment belle.
L'autre grand intérêt du film est un intérêt a posteriori; il concernera principalement les aficionados de la série Sherlock. Car ce volet des aventures du célèbre limier adapté avec Rathbone dans le rôle-titre est clairement le creuset d'où est issu le final de la saison 2 de cette série, épisode qui, lui-même, adapte de manière assez libre la nouvelle fatidique de Conan Doyle. La manipulation n'est pas du même ordre, les fake news substituées à l'hypnose. Dans les deux cas, Moriarty a une complice elle-même manipulatrice. Et deux scènes-clefs de l'épisode de Sherlock sont tout droit tirées de ce film.
La scène qui voit Moriarty s'introduire chez Holmes jouant au violon, par exemple, a été copiée presque plan par plan par le duo Moffat-Gatiss, l'effet Nosferatu en moins. Mettez les deux scènes côte à côte: deux jumelles !
Mais aussi la scène finale: Sherlock Holmes sur un toit, prêt à sauter ? Une grande nouveauté que la série doit à ce film de 1945 ! A cela près que les motivations ne sont évidemment pas les mêmes.
Seul bémol: la mort assez grotesque de James Moriarty, la sombre Némésis de Sherlock Holmes. A moins d'imaginer qu'il s'en soit sorti de la même manière que Sherlock dans la série éponyme, c'est là une bien trop faible fin, manquant de spectaculaire, pour le Napoléon du crime ! Ce qui donne peut-être à la Femme en vert des allures de brouillon des Chutes du Reichenbach.
Un film qui ravira les adeptes de l'hypnose et les fanatiques de la série Sherlock.