La parabole, soulignée à juste titre par les autres critiques, est aussi flagrante qu’ambiguë. Et l’ambiguïté est bien ce qui définit ce film qui, comme en avance sur lui-même, semble mettre en scène (ou dé-mettre comme l'a joliment suggéré un critique ici) sa propre interdiction par les autorités tchécoslovaques. Étonnante mise en abîme prospective et déterministe.

De fait, le film sous ses dehors classiques (le découpage s'appuie sur des gros plans de personnages qui parlent rarement hors-champ et une exploitation assez sommaire de l'espace) génère un trouble au-delà même de la parabole qu'il développe. A vrai dire, la parabole, montrant une soumission à une autorité stalinienne d'autant plus gênante qu'elle apparait consentie (les "accusés" se trient eux-même au début du film, fustigent le seul qui en réchappe, s’accommodent de ce qu'on leur offre, etc), est ce à quoi le spectateur s'accroche mordicus et tant bien que mal pour suivre le film, quitte à regretter qu'elle ne soit pas plus franche, plus claire, plus lourde de sens.

Car le trouble vient d'autre chose et semble saboter le confort qu'apporterait un récit simplement allégorique ou métaphorique. Or on sent bien que ce n'est pas si simple... Que si Nemec avait voulu faire ça, il s'y serait pris autrement. (J'ai pensé au contemporain et voisin roumain "La reconstitution" de Pintille qui assume plus franchement sa parabole sans gagner en lourdeur pour autant)

J'ai mis longtemps à repérer ce qui "posait réellement problème" à une adhésion pleine à ce format de la parabole. Pourtant c'est sous nos yeux et sur quoi repose la mise en scène : les dialogues.

Aucun dialogue ici formulé n'a de sens. Aucune conversation n'a le moindre intérêt.

Toutes les phrases ou idées énoncées ne mènent nulle part.

Elles ont été travaillées pour précisément ne RIEN signifier. Et surtout ne pas en avoir l'air, ne pas montrer qu'elles ne riment à rien. Et ça marche, on le repère à peine.

Dès la première scène, en substance : "j'aime la beauté", "que c'est agréable cette nature"... ce à quoi on répond : "Vous savez dire des choses convaincantes", etc.

Plus tard, dès qu'une question suppose un contenu, jamais aucune réponse n'est apportée : "un couteau pourquoi faire ?", "Pourquoi vous nous avez regroupé ici ?"...

Il faudrait revisionner avec attention mais il me semble que ce principe court sur tout le film et qu'il s'applique également aux situations, peu diversifiées.

Les notables à cravate et leurs femmes à chapeau, qu'ils soient dans un camp ou dans l'autre (les deux se confondent assez vite), n'ont strictement rien à dire.

La vraie révolte du film est sans doute là : elle est moins dans une critique d'une politique absurde (pourtant indéniable) que dans un renversement de la forme vers l'absurde. Et en cela, le film se hisse à la hauteur des auteurs dont il s'inspire. Ionesco en premier chef qui, comme Kafka, déteste la métaphore et lui préfère la métamorphose.

Il y a du Lewis Carrol aussi dans cet anniversaire interminable et sans queue ni tête, avec l'injonction autoritaire d'un chef en bout de table...

Tikides
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le 29 avr. 2025

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