Ravi de défendre ce très beau film, vu pour ma part au festival Cinémed 2024, et quelque peu étrillé ici.
J'ai été cueilli par ce film âpre qui, fuyant l'esthétisme comme ses héros veulent fuir le pays, touche juste, vrai, fort et en devient magnifique.
Dès les deux premiers plans, pris dans un élan, quelque chose (se) passe. La caméra épouse un mouvement d'allant qui suit une position de guetteur des deux personnages (comme on les voit sur l'image qui illustre le film ci-contre). Ils observent, prêts à saisir la première opportunité. Ils passent à l'action, pour rien. Ce sera leur condition durant tout le film.
Beaucoup d'indécisions, d'imprécisions, donneront de la force au récit. Pendant longtemps, je me demanderais dans quelle ville on est. On est dans la rue, près des trottoirs, des taudis.
On ne filme jamais assez les trottoirs, leur contingence.
La disparition de certains personnages crée un vrai trouble, l'idée d'insécurité règne, sourd, contamine une plongée dans le marasme et les personnages font tout pour éviter de s'y enliser.
Le final montrera l'irrémédiable spirale dans laquelle s'engluent les cousins, dans une sorte d'auto sabotage proche du tragique, du mélodrame. Et bon sang, aussi pourquoi ces travaux sur le chemin de l’hôpital ? A l'arrière d'un bus municipal, leur corps en piéta, traversant un tunnel, la lumière est là à la sortie mais la destination jamais atteinte. C'est très beau. Le timing, comme souvent dans le film, le rythme, le montage sont juste impeccables. L'interprétation aussi.
Pourquoi ce n'est pas des films comme celui-ci que l'on plébiscite ?