Un grand souffle vient dépoussiérer la ville musée à laquelle on aurait tord de réduire Rome. Un ouragan plutôt, tant La Grande Bellezza époustoufle et décoiffe. Incontestablement mon grand coup de cœur de la première moitié de l’année 2013, je découvre par la même occasion Paolo Sorrentino qui s’annonce comme un cinéaste à ne pas perdre de vue !

Sorrentino dresse un portrait résolument moderne de la Rome très mondaine dans laquelle évolue Jep Gamberdella, journaliste sexagénaire qui a surfé durant quarante ans sur le succès de son premier et unique livre. C’est aux rythmes de Yolanda Be Cool que l’on traverse les soirées endiablées des célébrités fortunés sur les terrasses des immeubles parisiens, et que l’on assiste à ce grand néant que Jep confesse être sa vie. Regard critique sur ses propres frasques, mais pas au point de daigner perdre son titre de Roi des mondains. A l’aune de ses 65 ans, Jep retient cependant une leçon : qu’il n’a plu le temps de faire ce dont il n’a pas envie... A la recherche d’un sens à sa vie, Jep nous entraine dans les méandres de sa vie, nous amuse par son cynisme, et nous fait rêver face à ce qui serait le décor parfait de nos prochaines vacances.

La Grande Bellezza est en parfaite continuité avec l’imaginaire de Rome. Du colisée qui s’élève fièrement sous les fenêtres de Jep, à ces hôtels particuliers que Sorrentino nous offre la joie de découvrir, le film s’inscrit dans une longue tradition italienne qui réinvente périodiquement l’essence de la ville antique. C’est sans doute à juste titre si l’on a pu lire dans les colonnes de plusieurs articles qu’on avait désormais un « Sorrentino-Roma ». Les clins d’oeils à Fellini sont d’ailleurs suffisamment marqués pour que La Grande Bellezza soit qualifiée d’hommage au grand réalisteur. A travers la passion de Jep pour les couvents, il semble aussi s’allier à Nanni Moretti pour compléter un portrait affectueux mais cynique de la sainteté catholique.

Beaucoup d’humour, un coup de caméra de maître et un montage efficace achèvent de faire de ce scénario atypique sur les hauteurs de Rome un chef d’œuvre magnifique. Une « grande beauté » ? Assurément !
Mylex
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le 19 août 2013

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