Sorti en France le 8 décembre 1966, La Grande Vadrouille est une comédie française culte qu'on ne présente plus, tant son succès a été fulgurant, que ce soit à sa sortie ou au fil du temps.
Combinant le buddy-movie et le road-movie, le long-métrage rassemble Louis de Funes et Bourvil dans la France occupée de 1942. Le premier est un chef d'orchestre acariâtre et imbu de lui-même, le second un peintre en bâtiment modeste et plutôt naïf. Les deux hommes vont devoir malgré eux s'unir pour aider 3 soldats britanniques, parachutés en plein Paris, à se rendre en France libre.
Dans une reconstitution historique assez fidèle à ce qu'on peut imaginer de la France occupée à cette époque, le film prend toutefois le parti de la comédie, en enchaînant les gags et les situations vraiment drôles. Certaines scènes, comme la rencontre aux Bains Turcs, l'échange de chaussures ou le périple avec les chiens, sont vite devenues cultes. Un humour qui doit en grande partie sa réussite à l'antinomie des deux personnages principaux, opposés en tous points mais à l'alchimie parfaite.
Abouti dans son humour, le film détonne aussi par son rythme, sans temps morts. De Paris à la France libre en passant par Meursault, on ne s'ennuie pas une seconde, tant les obstacles et péripéties sont nombreux, ne laissant aucun répit à nos héros jusqu'au dénouement.
Je saluerai également les décors dans lesquels prend place le long-métrage. Tantôt réels, tantôt reconstitués en studio, les décors rendent un bel hommage à Paris puis aux zones rurales de l'hexagone. On notera que les lieux de tournages ruraux sont assez variés et loin de se limiter à la Bourgogne, lieu de l'intrigue une fois les personnages sortis de Paris.
L'œuvre offre enfin de très belles partitions musicales, composées principalement par Georges Auric, à laquelle s'ajoutent quelques morceaux d'opéra, comme la Damnation de Faust, de Berlioz.
Drôle, rythmé, bien écrit, prenant place dans des décors très beaux, accompagné de belles musiques, et disposant de bons moyens pour son époque, La Grande Vadrouille excelle en tous points et régale, près de 60 ans après sa sortie.
Longtemps en tête du box-office français, avant d'être dépassé par Titanic, Bienvenue chez les Chtis et Intouchables (bien que ses 17 millions d'entrées soient comptabilisés sur 3 sorties successives entre 1966 et 1975), La Grande Vadrouille n'a rien volé de son succès et demeure un monument de la comédie française.
Cinquième collaboration entre Louis de Funes et Bourvil, après Poisson d'avril, Les Hussards, La Traversée de Paris et Le Corniaud, elle sera malheureusement la dernière, Bourvil disparaissant tragiquement en 1970 à l'âge de 53 ans...
Bien que j'ai découvert La Grande Vadrouille sur le tard, il y a seulement 11 ans, je ne peux que m'incliner devant sa beauté et sa réussite.