1er film d’Eisenstein, sorti la même année que « Le Cuirassé Potemkine », avec lequel « La grève » présente beaucoup de points communs via une structure en 3 actes découpés en chapitre (6 ici) : le constat d’une situation révoltante, la rébellion puis la répression
(toutefois la fin sera ici bien plus pessimiste que dans son second film)
et un visuel déjà typique de son auteur.
Nous sommes chez Eisenstein et donc clairement dans l’œuvre d’un grand formaliste démontrant son talent pour la captation du mouvement et des foules dans une époque troublée via une mise en scène inventive (les photomatons animés, les transitions, les jeux sur les reflets…) et sa maitrise absolue du montage (notamment la célèbre fin
dressant un parallèle entre la boucherie liée au massacre des gréviste et une vache égorgée dans un abattoir ; comme un parfum d’ « Apocalypse now » avant l’heure).
On pourrait débattre sur un propos surligné pour répondre à un objectif de propagande (l’exploitation du prolétariat par le grand méchant caricatural à la limite de la caricature) ainsi que sur une durée qui aurait pu être légèrement resserrée pour éviter un petit coup de mou dans le milieu de récit ; malgré ses petites 1h28, quelques sous-intrigues comme celle des agents, prometteuse au début, paraissent superficielles.
Mais ce serait faire la fine bouche devant la pureté de ce pur geste cinématographique ; comme un éloge du pouvoir des images et du montage.