Une démarche cinématographique que je trouve plutôt intéressante, puisque les codes du thriller (suspense, rebondissements,...) sont ici utilisés dans le cadre d'un drame social. Le film met l'accent sur les pratiques de la grande distribution envers ses fournisseurs, c'est à dire, ici, les producteurs de produits laitiers. Bon, en toute honnêteté, je ne connais pas suffisamment ce secteur d'activité pour pouvoir juger de la pertinence et de la véracité de ce qui est montré à l'écran. Disons que ça rejoint l'image que j'en ai et que ça colle bien à la réputation exécrable des pratiques d'achats des centrales des grandes surfaces : négociations menées en position de force et sans aucune pitié envers les fournisseurs. Bon, après tout certains d'entre eux sont des industriels qui ont également les yeux rivés sur leurs marges et tout ça n'est finalement que confrontation économique entre acteurs du capitalisme. C'est le plus fort qui gagne, quoi.
Un des points forts du film est de mettre en exergue l'environnement dans lequel travaillent tous ces petits soldats du capital. Pour le matériel, décor désincarné de béton et de verre, d'un clinquant artificiel et que l'on sent économiquement maitrisé. J'ai reconnu les lieux pour m'y être rendu il y a quelques années lorsque je bossais encore. Appart'hôtels, comptoirs d'accueils des entreprises, accès sécurisé à tous les étages et bars sans âme et hors de prix. Tout ça mis fort bien mis en contraste avec la ruralité de la ferme dont il est question dans le film. Et pour ce qui est de l'environnement humain, même constat. Réunions de motivation des troupes, management à la cool mais sachant être impitoyable lorsqu'il le faut, échanges policés, entre soi. Avec des personnages désabusés, mais cyniques, qui ne nourrissent aucune illusion sur ce qu'ils font, mais qui ne quitteraient le navire sous aucun prétexte : une vie de merde toute tracée mais qu'il est tellement difficile de balancer. Et là encore contraste saisissant d'avec la ruralité, qui trouve son acmé dans la scène avec la mère d'Audrey et Olivier Gourmet. Le seul moment du film où on le voit s'assoir et où sa carapace semble se fissurer.
L'idée d'insérer dans ce monde une jeune femme déterminée mais n'ayant pas renoncé à ce à quoi elle croit s'avère payante s'agissant de construire un scénario qui tienne la route. Soutenu par une interprétation de qualité, ça fait un film qui tient le spectateur en haleine et qui au final démontre bien le caractère implacable d'un certain système économique. En tant qu'individu, soit tu es dedans à 100%, soit tu dégages...