Quand je l'ai découvert, il y a maintenant 20 ans, j'en suis resté bouche bée, terrassé par la puissance de ce film. Et aujourd'hui encore, à chaque revision, il me faut une ou deux minutes pour me remettre du voyage. Parce que La Jetée est un film incroyable.
Incroyable de se dire qu'il a été produit par une poignée de personnes dans une France qui en était encore à faire des triomphes à Fernandel et Bourvil.
Incroyable de considérer combien il est abouti, combien tout est parfaitement assimilé, digéré. La simplicité stoïque avec laquelle il évoque une troisième guerre mondiale, dessine l'idée d'un voyage temporel, évoque un futur lointain, et c'est sans parler des liens qu'il dessine avec le Sueurs Froides d'Hitchcock, omniprésent, évidents, et presque logiques, mais qui jamais ne parasitent le récit mais au contraire l'enrichissent.
Incroyable de voir combien ce dispositif de « photo roman », plus que du storyboard ou du diaporama, plus qu'une simple pirouette permettant l'ellipse et laissant l'imagination du spectateur remplir les trous, est pertinent et fait sens, et prolonge le récit (Qu'est-ce que le cinéma, sinon aussi un suite de photographie dont la succession donne l'illusion de mouvement? Qu'est-ce qu'une photo, sinon aussi un voyage dans le temps, parcelle d'un passé ressurgissant?)
Incroyable de voir combien le vertige du paradoxe temporel final fonctionne toujours aussi bien, combien ce noir et blanc est superbe, combien la voix du narrateur m'habite encore, combien ce thème liturgique qui ouvre le film me fiche encore des frissons.
La Jetée est un chef d'oeuvre total. Un film à revoir, encore et encore et encore. Un jalon, un mètre-étalon.
Il y a plus de cinéma dans ces 28 minutes d'images fixe que dans 90% de ce que le cinéma mondial a produit depuis.