C'est formidable ce qu'arrive à faire Chris Marker en seulement 28 minutes. Il créé un univers sordide et désespéré en quelques plans, en quelques phrases, et laisse planer le mystère sur le déroulement des événements qui amène à la situation initiale de l'histoire.
Le plan des scientifiques pour sauver l'humanité dégage quelque chose à la fois malsain et désespéré, tous comme les premières expériences sur le héros, qui ne sait pas trop s'il erre dans le passé ou dans sa propre tête.
Le choix des images fixes est ingénieux : elles me rappellent les documentaires sur la Seconde Guerre Mondiale, qui montrent des photos distantes et qui ont en même temps quelque chose de familier... Le court-métrage ayant été privé de mobilité, un grand soin a été apporté au découpage, qui, associé au bruitages, retranscrit les scènes avec une étonnante fluidité.
L'ambiance sonore est monumentale. Les chœurs sont géniaux bien sûr, mais les bruits de pas qui résonnent dans les couloirs souterrains, le pépiement des oiseaux quand "il" est avec "elle" et les scientifiques qui murmurent tout bas en allemand le sont également.
Et puis, c'est fou à quel point cela n'a pas vieilli d'un iota. Difficile à croire que cet court français date de 1962 tant les thèmes abordés sont encore d'actualité et que le traitement est réussi. Je comprends mieux pourquoi cette oeuvre pessimiste mais pleine de poésie est entrée au panthéon de la science-fiction.