La Loi de Téhéran n'est pas un thriller, non, pas même un film de genre à proprement parler, malgré son apparat policier, ses traques, ses déferlantes de corps et de cris.
Ce que Saeed Roustaee met en scène, ce n’est pas une affaire, c’est un état. Un état d’hyperventilation judiciaire, de panique politique, de saturation morale. Ce n’est pas le récit d’une enquête, mais celui d’une nausée collective. Une nausée qui ne se dit pas, ne se théorise pas, mais s’incarne, prend la forme de cellules bondées, de sirènes hurlantes, de salles d’interrogatoire où l’on ne distingue plus les coupables des innocents.
Le spectateur est emporté, piégé, happé dès les premières scènes par ce mouvement de fuite en avant et un montage, une caméra qui ne s’autorise jamais le repos, qui colle au corps des policiers.
Mais cette énergie ne vise pas l’efficacité. Elle vise l’étouffement. L'étouffement d’un pays pris dans la boucle infernale de sa propre logique punitive. Car ce que La Loi de Téhéran raconte, au fond, ce n’est pas la chasse au dealer, mais la reproduction continue de l’ordre et du chaos, jusqu’à l’indiscernable. Les prisons se remplissent. Les visages se succèdent. Les confessions tombent les unes après les autres, sans que jamais ne se dessine une issue. Le crime est devenu un réflexe, la répression une mécanique, la justice une fiction qui tient debout par habitude plus que par croyance.
Et dans ce cauchemar, deux figures émergent. D’un côté, Samad Majidi, policier intègre, rigide, engoncé dans sa foi institutionnelle. De l’autre, Nasser Khakzad, trafiquant.
Entre eux, pas de combat moral, pas de duel. Seulement deux trajectoires parallèles, deux produits d’un même système, chacun enfermé dans sa cellule : physique pour l’un, mentale pour l’autre.
Le film n’est pas neutre, il est désespéré. Il regarde une société entière, Téhéran, l’Iran peut-être, mais aussi ailleurs : tout ce que le monde produit quand il oublie que la justice n’est pas un outil de contrôle mais une idée.
On sort de La Loi de Téhéran épuisé, lessivé, mais aussi traversé d’une certitude : ce que Roustaee filme, c'est l’implosion morale d’un appareil de pouvoir qui se regarde punir pour mieux éviter de penser. La loi n’est plus qu’un mot, une fiction creuse, une mise en scène de contrôle sur fond d’abandon.