La carte scolaire comme vous ne l'avez jamais vue

Ce film a déjà intérêt de faire voir la carte scolaire, concept abstrait et réalité complexe pour qui n'est pas déjà parent, sous son angle très concret. La mise en situation réelle de la scolarisation d'un enfant dans une école primaire sous-dotée, délabrée et située dans une ville populaire avec une forte population immigrée - en l’occurrence l'école Jean Jaurès à Bagnolet - montre les enjeux que cette carte scolaire recouvre, notamment la diversité sociale et ethnique, ses défauts et ses bienfaits.


Ce film a en conséquence l'immense mérite d'aborder de front toutes les situtions et problématiques liées - les parents "blancs" qui préfèrent enlever leurs enfants de cette école publique pour les mettre dans le privé, tandis que tous les enfants issus de l'immigration restent à Jean Jaurès - sous l'angle d'un humour précis et sans tabous - à l'image d'un Edouard Baer tentant d'expliquer à sa femme Leïla Bekthi son malaise lorsqu'il va chercher Corentin à la sortie de l'école - il est en effet père au foyer et sa femme avocate, en un renversement des rôles et des clichés récurrent dans le film - parce qu'il est le seul "blanc" mais qu'il se justifie en disant "mais aujourd'hui blanc ça n'est pas une couleur c'est une classe sociale". Un humour fin mais aussi brut de décoffrage : le papa a dans sa prime jeunesse fait la première partie des Berruriers Noirs au son du hit de son groupe de rock : "J'encule le pape". Lorsque les parents tentent de mettre leur enfant dans une école privée catholique, le directeur diocèsain tombe sur le clip dudit hit ; Edouard Baer tente alors lamentablement d'expliquer en disant qu'il n'a rien de physique contre le pape, et que la chanson aurait pu aussi bien "je chie sur Mère Thérésa" ou "Je baise l'Abbé Pierre".


Au final, le film explore efficacement et drôlement cette question de "la lutte des classes" scolaires, portée par un couple d'acteurs attachants, des personnages secondaires réussis, des situations touchantes et des émotions vraisemblables. On notera aussi un maniement de l'absurde juste assez dosé pour créer des situations comiques et servir le propos :


la mère voilée qui sauve le directeur de l'école coincé dans une salle de classes en ruine en escaladant telle une Yamakasi le mur de l'école, puis le descendant prudemment à terre en utilisant son voile et les vêtements de tous les autres

ThomasF__Veron
9
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Créée

le 17 avr. 2019

Critique lue 363 fois

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