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le 27 août 2019
SuivreJeunes de banlieue
Un film social évidemment convenu mais qui a le mérite de traiter certaines problématiques de façon pas trop sectaire avec souvent des épilogues ouverts teintés d'ironie. Le problème c'est qu'on...
Sofia et Paul emménagent dans une petite maison de banlieue. Elle, brillante avocate d’origine maghrébine, a grandi dans une cité proche. Lui, batteur punk-rock et anar dans l’âme, cultive le manque d’ambition. Comme tous les parents, ils veulent le meilleur pour leur fils Corentin, Coco, élève à l’école primaire Jean Jaurès. Mais lorsque tous ses copains désertent l’école publique pour l’institution catholique Saint Benoît, Corentin se sent seul. L’hostilité apparente de deux ou trois garnements va mettre le feu aux poudres. Comment rester fidèle à l’école républicaine quand votre enfant ne veut plus y mettre les pieds ? Pris en étau entre leurs valeurs et leurs inquiétudes parentales, Sofia et Paul vont voir leur couple mis à rude épreuve par la « lutte des classes».
Énième film sur la banlieue qui selon les auteurs (Michel Leclerc, Baya Kasmi) ne serait qu’un problème de regard. Ânonné pendant 1h30, le bréviaire Républicain ne convainc toutefois pas. Un empilement de figures caricaturales : les parents, les enfants, la banlieue, l’école, la religion, le communautarisme, l’ascenseur social, la discrimination positive… ne fait pas une démonstration. L’ennui guette. C’est la France d’en bas, vu par la France d’en haut. Un melting-pot de déclassés, de chômeurs, de sauvageons, filmés par un melting-pot d’artistes, d’intellectuels, de salaires du haut de la strate, de socialistes, version fête de la musique. Par moments, la démonstration frise la propagande. De quoi se moque-t-on ? On a vu ça bien souvent ces dernières années : jusqu’ici tout va bien (Mohamed Hamidi), l’inusable Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu (Philippe de Chauveron), Le Grand partage (Alexandra Leclère), les Invisibles (Serrault), La faute à Voltaire (Kechiche)… La lutte des classes (jeu de mot) est au film social ce que le film de vacance est à l’ethnologie ; deux ou trois pertinences offertes par un hasard farceur dans un flot d’incompréhension. Le mot d’ordre de Michel Leclerc semble être : ne dramatisons pas. Alors on sourit à défaut de rire. Le clivage bobo/réac fabrique un duo du type Monsieur Loyal et Auguste aux répliques extrêmement rodées à défaut d’être pertinentes, jusqu’au tour de piste final et la réconciliation. Ah ce n’était que du cinéma ! Tordant. A ménager la chèvre et le chou, le spectateur reste sur sa faim.
Dommage car la distribution se sort plutôt bien de cette affligeante démonstration du « Qui veut peut » macronien (je ne dis pas de bêtise, il a bien commencé sa carrière chez les socialistes ?). Baer, trop rare se caricature lui-même mais avec talent. Leïla Bekhti figure emblématique de l’intégration réussie remercie la caméra avec émotion. On l’a connu plus mordante. Ramzy Bedia est sans doute le plus drôle de la distribution parce que le plus dans la composition, dans un rôle du proviseur inoxydable, submergé mais jamais dépassé. Baya Kasmi campe une institutrice affectée de la manie de l’aseptisation langagière ou le chat et le rat deviennent carnivore quadrupède domestique et rongeur opportuniste. C’est la bonne surprise de ce film sans surprise mais pas plus mauvais que tant d’autres. Entre le drame et la farce, il doit exister autre chose que la comédie sociale. N'y-a-t-il pas entre le noir et le rouge une autre couleur que le rose ? Laissons conclure Durkheim : l'éducation a pour objet de superposer, à l’être individuel et asocial que nous sommes en naissant, un être entièrement nouveau. Elle doit nous amener à dépasser notre nature initiale: c’est à cette condition que l’enfant deviendra un homme. Déclaration un peu réac dirait Leclerc. L'un des deux doit avoir raison puisque (toujours Durkheim) : C’est l’action de la société qui a suscité en nous ces sentiments de sympathie et de solidarité qui nous inclinent vers autrui ; c’est elle qui, nous façonnant à son image, nous a pénétrés de ces croyances religieuses, politiques, morales qui gouvernent notre conduite ; c’est pour pouvoir jouer notre rôle social que nous avons travaillé à étendre notre intelligence
Créée
le 15 août 2019
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