Talk to Me s’empare d’une malédiction ancienne pour représenter la dégradation de la sacralité et la banalisation de la violence dans nos sociétés occidentales : le dialogue avec l’esprit malveillant devient un phénomène de mode que relaient abondamment les réseaux sociaux ; et il s’agit alors de maintenir le contact le plus longtemps, de repousser ses limites en immortalisant les expressions du visage et du reste du corps. Perdus entre négligence parentale et drogues, les adolescents perçoivent le surnaturel comme l’occasion d’expérimenter une nouvelle substance, endormis sinon par le cinéma horrifique contemporain qui réduit la planche de Ouija ou la possession à un divertissement devant lequel sont engloutis sodas et pop-corn. Chacun d’eux sera rattrapé progressivement par sa naïveté, si bien que le film prend des allures de récit d’apprentissage en faisant de ses séquences gore un raccord à la brutalité du monde et des puissances occultes qui le gouvernent. Voilà une singularité venue d’Australie qui réjouit en ces temps de formatage du genre ; sa réalisation fluide et dynamique facilite notre immersion parmi cette bande de jeunes occupés à s’effrayer en écoutant, entre autres, une chanson remixée d’Édith Piaf : preuve que toutes les traditions sont maltraitées !