La Maison: Travaux pratiques de bourgeois en mal de sensation

Découverte de ce nouveau métrage sulfureux mettant en scène la bien aimée Ana Girardot, bah au final, ce n'est ni sulfureux ni porteur d'un message ou d'une vision d'autrice claire, c'est juste fade et sans saveur.


Pour écrire son nouveau livre, Emma décide de se faire engager comme prostituée dans une maison close à Berlin.

Alors, de base la première chose que je me suis demandé à la sortie de film un peu circonspect, c'est: c'est quoi le projet?


La prostitution, cela peut être cool car tu te fais beaucoup de fric rapidement? Qu'il y a une petite sororité qui existe si bien sûr tu tombes sur un bon endroit? Qu'il y a des gens qui ont des esprits chelou voire très dangereux et nocifs qui n'hésiteront pas à te faire du mal pour assouvir leur désir? Que les relations sociales sont très compliqués avec tout le monde et en particulier avec les gens qui ne sont pas du milieu? Que les prostitués sont plus "respectables que des caissières car elles au moins, elles s'assument pleinement et profitent mieux de leurs exploitations", que se prostituer c'est un choix-féministe- et que la société ne devrait pas moralement le condamner voire même la rendre respectable ou même crédible auprès du public?


Pfffffffffff, la moitié des questions se répondent d'elle même et il n'y a pas besoin de tapiner durant 2 ans pour connaître les réponses et la démarche militante derrière reste pour ma part très douteuse. Les réflexions derrières ce parti pris sont digne de bourgeois en mal de sensation, rien de plus. Ayant vu les interviews Konbini de l'autrice du livre de base (Emma Becker) ainsi qu'un autre témoignage d'une "journaliste" (Soizic Belin) ayant exactement fait la même genre de démarche, je trouve pour ma part que l'on atteint bien vite les limites du sujet.


Bref, pour en revenir à l'histoire, c'est très linéaire voir plat, sans prise de position claire ou d'intention prononcé car la réalisatrice en voulant bien faire s'efforce à lisser son sujet ce qui m'a paru le rendre fade et non traité par bien des aspects. On apprécie tout de même cette volonté de montrer une certaine pluralité des corps, avis et récits de vie sans un fameux "male gaze/regard masculin".


Un des problèmes selon moi est la construction du récit sur le personnage d'Ana Girardot qui m'a paru plus antipathique qu'autre chose, individualiste voire même très manipulatrice avec les autres, que ce soit avec les filles ou son entourage et dont les actions ne sont pas pas dirigés vers les autres mais exclusivement vers elle. L'archétype du personnage en manque de sensation forte nombriliste que je n'aime pas vraiment dans la vie réelle, ce qui impacte forcément négativement mon avis sur le film, il est vrai.


Au niveau du jeu, cela navigue entre le moyen et le moyen moins. Girardot ne faisant pas exception. Gina Jimenez et dans une moindre mesure étant dans le haut du panier selon moi malgré leurs faibles temps à l'écran.


Visuellement, y'a pas vraiment de mise en scène très poussé, c'est plutôt plan plan en évitant une sexualisation putassière lors des scènes les plus osés. Sonorement, c'est générique sans plus.


Bref, je m'attarde pas, c'est pas forcément un sujet passionnant à mes yeux ou qui mérite d'être débattu longtemps, l'histoire construite en quête initiatique identitaire ne m'a pas marqué à cause selon moi d'un manque de parti pris et il n'y a pas non plus de fulgurance d'acting malgré quelques bons points ni une imagerie qui détonne ou marque la rétine.


C'est pour moi un temps perdu mais si cela vous amuse, n'hésitez pas à mater cela et au pire, si vous voulez vous "informer", regardez les 2 interviews de Konbini : https://www.youtube.com/watch?v=TB-VQkpbaD8 et https://www.youtube.com/watch?v=8CYcXHUatz8

lugdunum91
4
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à ses listes Films vus en 2022, 2022 sera cinéma! et Les films que je dois voir

Créée

le 29 nov. 2022

Modifiée

le 29 nov. 2022

Critique lue 857 fois

lugdunum91

Écrit par

Critique lue 857 fois

7
2

D'autres avis sur La Maison

La Maison

La Maison

7

Cyprien_Caddeo

145 critiques

Sous les jupes, défilent

« J’ai eu une certaine quantité d’idées à la con dans ma vie. » Cette phrase, prononcée en introduction de « La Maison » par l’héroïne Emma, aurait aussi bien pu être sortie de la bouche de la...

le 16 nov. 2022

La Maison

La Maison

8

estonius

6585 critiques

Fabuleuse Ana Girardot

La prostitution en tant que fantasme féminin est rarement abordée au cinéma, il y a eu Belle de jour, bien sûr, ou plus près de nous l'excellent "Jeune et Jolie" de François Ozon en 2013. Ce nouveau...

le 20 déc. 2023

La Maison

La Maison

4

lugdunum91

621 critiques

La Maison: Travaux pratiques de bourgeois en mal de sensation

Découverte de ce nouveau métrage sulfureux mettant en scène la bien aimée Ana Girardot, bah au final, ce n'est ni sulfureux ni porteur d'un message ou d'une vision d'autrice claire, c'est juste fade...

le 29 nov. 2022

Du même critique

Matrix Resurrections

Matrix Resurrections

6

lugdunum91

621 critiques

Matrix 4: Résurrection compliquée

150eme film de l'année 2021 et découverte de cet énième saga qui a décidé de renaitre de ces cendres, le retour malgré une certaine envie est bien compliquée. Dix-huit ans après les événements de...

le 21 déc. 2021

Frankenstein

Frankenstein

7

lugdunum91

621 critiques

Frankenstein : Le cœur se brise, mais continue de battre

Guillermo del Toro signe avec Frankenstein une relecture à la fois intime et grandiose du mythe du monstre et de son démiurge. Loin des éclairs de laboratoire et des clichés gothiques, il livre ici...

le 8 nov. 2025

Zootopie 2

Zootopie 2

8

lugdunum91

621 critiques

Zootopie 2 : le retour d’un monde qui n’a rien perdu de sa magie

Il est des suites qui prolongent une histoire. Et puis il y a Zootopie 2, qui la déploie comme un éventail irisé, révélant des couleurs qu’on ne soupçonnait même plus, un peu comme si Disney s’était...

le 27 nov. 2025