1945 marque par bien des aspects la fin d’une ère chez Universal : celle des films d’épouvante et films de monstres dont on ne sait plus trop quoi faire. Le public se tourne vers d’autres genres en vogue comme le fim noir, le film de science-fiction par exemple. Alors, histoire de rentabiliser une dernière fois, la production « réunit » comme elle l’avait déjà fait dans « La maison de Frankenstein » l’année précédente ses trois monstres fétiches, Dracula, le Loup-Garou et le Monstre de Frankenstein. Et c’est encore Elrle C. Kenton qui est aux commandes en essayant de sauver ce qu’il peut, livrant encore une fois un travail honorable mais qui ne peut être extraordinaire quand on part d’un scénario aussi bringuebalant, totalement confus et au final ennuyeux. Une histoire qui semble écrite à la va vite sur le coin de la table de la cuisine. Car, voyez-vous, Dracula et Larry Talbot (alias le Loup-garou) mourraient bien à la fin de l’épisode précédent : eh bien, ils reviennent et c’est comme ça, rien ne nous sera expliqué ! À quoi bon après tout, hein ?! Et puis « réunit » est un bien grand mot car en réalité ils n’apparaissent jamais ensemble ou alors deux se croisent quelques secondes à l’écran…Tout sent le recyclage chez une Universal alors à bout de souffle et qui tente de sauver les meubles. John Carradine revient en Dracula, bien terne. Lon Chaney Jr endosse pour la dernière fois son costume de Loup-Garou. Quand il est Larry Talbot, on a l’impression d’un Droopy, la mine de six pieds de long et la tristesse infinie dans les yeux ! Toute la misère du monde semble lui être tombée sur les pieds !!! Mais il finit quand même par être libéré de la malédiction dont il souffrait depuis des films.
Gentil (et rare) de la part de Universal qui avait plutôt tendance à dézinguer ses monstres sans autre forme de procès. Quant au Monstre de Frankenstein incarné encore par Glenn Strange, il réussit à être encore plus transparent et inutile que dans le précédent, n’apparaissant que quelques minutes dans le film !!! Sa présence est très fugace. L’avantage de l’épisode précédent, c’est qu’il comptait au casting le grand Boris Karloff qui le sauvait largement par sa présence imposante, même sans dire un mot. Mais Karloff est parti tourner pour d’autres studios en 1945. Il n’est quand même pas totalement absent car lors de la séquence du rêve, c’est bien lui qui apparaît en Monstre dans des images extraites de la version de 1931. Un film de 66 minutes ennuyeux et poussif, bien qu’on puisse saluer la photographie. Les jeux d’ombres et de lumières directement issus de l’expressionnisme allemand sont superbes (les meurtres sont parfois vus en ombres géantes sur les murs, bonne idée). Coup de chapeau aussi à Onslow Stevens dans le rôle du Dr Edelmann, contaminé par le sang de Dracula, et qui s’en sort honnêtement ainsi qu’à son assistante bossue (oui, une 1ère selon moi) Nina (Jane Adams). Mais ça ne suffit pas à rendre ce film intéressant. La fin d’une époque, Universal ne renouvelle pas le contrat de Chaney Jr qui devient un simple second rôle et va se tourner rapidement vers des productions télé. Il faudra attendre la fin des années 50 pour que la Hammer, firme britannique, reprenne le principe des films d’épouvante et de monstres et les remettent sur le devant de la scène avec des acteurs de génie comme Christopher Lee et Peter Cushing. L’immense maquilleur Jack Pierce, qui faisait encore ici des merveilles et à qui on doit les 1ers Dracula, Frankenstein et la Momie, devra se contenter de productions de bas étage. En 1946 Pierce réalise les maquillages de « Deux nigauds dans un manoir hanté »…La triste fin de toute une époque qui fait encore rêver les cinéphiles.