Pauvre Mario Bava, il avait créé dès les années 60 un nouveau genre, le giallo et même jeté les bases du slasher (« La baie sanglante » en 1971, inspiration de « Vendredi 13 »). Mais en 1972, il réalise pour le producteur Alfredo Leone, « Lisa et le Diable ». Le film est refusé par Leone et aucun distributeur ne se risque à l’acheter. Pourtant, juste après, « L’Exorciste » de William Friedkin est sorti, a remporté un succès mondial et Leone, jamais à un bidouillage près, demande à Bava de reprendre son film en y ajoutant des scènes pratiquement copiées sur « L’Exorciste ». Bava a toujours nié avoir tournée ces scènes et a refusé que ce film sorte sous son nom. C’est donc Leone qui est crédité au générique sous le nom de « Mickey Lion ». À la limite, peu importe que Bava les ait tournées ou non, ce film est loupé et c’est vrai qu’on est loin du talent du réalisateur du « Masque du démon » et « la fille qui en savait trop ». Une touriste américaine, Lisa, contemple une fresque médiévale représentant le Diable dans une ville italienne. Après avoir rencontré chez un antiquaire un homme ressemblant étrangement à ce Diable (Telly Savalas), elle est prise de convulsions. Un prêtre arrive et pose son diagnostic : c’est un cas de possession démoniaque !
Le film part dans tous les sens jusqu’à ce qu’on s’y perde, à force de bidouillages et rebidouillages, et on comprend pourquoi. Il y avait pourtant de quoi faire avec un casting solide où on croise Telly Savalas (le Diable avec sa sucette en clin d’œil à Kojak, oui, oui !), Elke Sommer très belle (« Quand l’inspecteur s’emmêle »…) et une grande Alida Valli dans le rôle de la mère castratrice. Pour faire sensation, Leone rajoute du sexe à foison : Lisa possédée prend la forme de la femme décédée du prêtre et forcément, pour le tenter, elle est totalement nue afin de l’attirer sur le lit d’hôpital ! Mais je vous rassure, le prêtre ne craque pas face au Démon ! Et comme on copie jusqu’au ridicule le film de Friedkin. Le prêtre tente de savoir le nom à tout prix du démon qui possède Lisa pour le renvoyer aux Enfers. Ah mais le démon ne se laisse pas faire, non mais, pas question tout de même de se dénoncer ! Quand le prêtre l’interroge, Lisa lui répond : « Je suis le cul du monde ! ». Le prêtre veut savoir d’où vient ce démon. Réponse de l’intéressé(e) illico avec sa voix d’outre-tombe et son visage au teint cadavérique : « D’une moule, connard ! » 🙄 . Ouais, les dialogues sont de ce niveau…Ah oui, la Lisa possédée vomit bien sûr du liquide vert ainsi que des grenouilles et elle est capable de se contorsionner comme la jeune Reagan de « L’Exorciste »…Donc, non, ça n’est pas un film de Mario Bava quoi que la jaquette du DVD en dise. C’est le truc d’un producteur sans aucun scrupule qui a massacré le film original pour des raisons purement commerciales. Le « produit » n’a plus ni queue ni tête et il est bien difficile de s’y retrouver.