La maison des femmes, déjà, je tiens à préciser que ça fait plaisir de voir des films engagés et qui montrent des sujets importants comme la violence faite aux femmes. Je ne crois pas avoir vu de film comme ça depuis longtemps, à part pour le film, Il reste encore demain (mais encore, on aborde un autre sujet sur fond de violence conjugale.) et je dirai sinon une série MAID (sur Netflix).


Donc, je suis très contente de voir enfin ce genre de film et qui s'inspire de la maison des femmes de Saint-Denis. La proposition d'avoir un film choral du corps médical et des femmes victimes, c'est quelque chose qui m'a beaucoup plus. La douleur et la peine, il n'y a pas d'échelle ou de degré de gravité et c'est ce qui m'a ému dans ce film au sein de tous les points de vues que l'on va voir.


Maintenant, il y a quelques défauts, et ça, c'est dommage. Je pense que la réalisatrice Mélisa Godet a voulu dire beaucoup de choses, mais avec beaucoup de choses, cela peut faire vite un fourre-tout. Et le temps passe dans un film, trop vite. Il y a donc des choix à faire.

Premier problème : on aborde les problèmes des femmes, mais on aborde les problèmes intimes des personnes qui travaillent dans l'établissement également. Le casting s’agrandit vite du coup. A mes yeux, cela perd l'intimité que le spectateur peut construire avec les personnages, et ça, c'est dommage. Et pourtant, chaque personnage est essentiel. Comme je disais, il n'y a pas d'échelle de souffrance, elles ont toutes des histoires différentes et toute besoin de reconstruction, d'estime de soi et de pouvoir se sentir soutenue. Comme les personnes qui travaillent dans cet établissement, elles ont besoin également de soutien, d'écoute, de solidarité et d'apprentissage. Et c'est bien d'avoir autant de personnages. Mais du coup, il faut faire des choix. Premièrement, je pense que le personnage de Juliette Armanet n'était pas nécessaire. Pour moi, c'est un mélange entre le personnage Alexandre et Manon.

Deuxièmement, si on décide d'aborder la vie privée, il faut donc le faire avec tout le corps personnel. Ce qui n'est pas le cas. On se concentre sur Diane incarnée par Karin Viard où l'on voit que la pression de perdre l'établissement commence à la peser tout en essayant de maintenir la tête haute. On se concentre sur Manon, interprétée par Laetitia Dosch qui vient d'être maman et qui vit une période difficile pour toute jeune mère, avec un problème de couple et un problème avec le travail. Et Oulaya Amamra qui joue le rôle d'Ines et qui débarque dans cet établissement pour valider son stage. Les histoires auxquelles elle va être obligée de se confronter vont entrer en résonance avec ses secrets. Mais du coup, on oublie totalement les autres : qui sont tous aussi importants qu'elles.

Par exemple : le personnage d'Awa qui est littéralement la première à confronter les femmes victimes (par téléphone ou à l'accueil) quitte à se prendre la colère, la détresse, la peine... On a rien sur elle, à part, qu'elle est là pour faire de l'humour, être traductrice, et tenter de survivre à ce métier tout en donnant de l'énergie à ses collègues. Le personnage de Pierre Deladonchamps, Alexandre, qui, parce qu'il est le seul homme, il se prend toutes les critiques et les points de vue des femmes sans filtre et sans empathie. Alors que son rôle est tout simplement essentiel vu qu'il est le psychologue de l'établissement, mais pas seulement pour les victimes, mais aussi pour ses collègues. Et je trouvais un peu facile de rejeter la colère générale des femmes contre lui, alors que justement il faudrait qu'il puisse y avoir plus d'hommes pour démontrer qu'il n'y a pas que des connards sur terre. Et ne parlons même pas des autres personnages qui travaillent pour la reconstruction des femmes : on a absolument rien sur elles, sur leur background ou ne serait-ce que savoir pourquoi elles sont là et pourquoi c'est important de travailler là.


Maintenant, les scènes qui sont d'une importance capitale pour le film. J'ai aimé la scène où l'on explique à la jeune Ines comme survivre à ça. Je trouve que cette scène était des plus importantes du film. Celle aussi où l'on voit le personnage Awa se prendre un coup-de-poing, c'était important pour comprendre les conditions de travail qu'il peut y avoir dans ce genre de situation, ce genre d'attaque. J'ai aimé aussi la réaction unique et humaine du personnage Ines face à Catherine qui ne comprend pas que ce n'est pas normal de se faire battre et qu'on lui explique ce que la victime a tenté de faire pour minimiser tout en testant la personne face à elle. Psychologiquement, c'était important de voir ça et d'apprendre ça.

La scène qui m'a également touché : celle des photos. J'ai adoré que l'on puisse voir toutes ces femmes se faire prendre en photo et qu'elles se sentent belles, valorisées, écoutées, fières... vraiment Incroyable cette scène. Et j'aurais aimé qu'on termine sur ces photos à la fin du film (mais ça c'est mon point de vue de monteuse).

L'autre scène importante et cruciale dans ce film, c'est l'hommage qu'elles font lors de la marche. Entre musique, hommage, soutien, rassemblement, joie, peine, avoir la pancarte Catherine, cette scène est des plus importantes du film. De voir des hommes également présents dans cette scène, c'est important. Il faut prouver que le mâle n'est pas le mal incarné.

C'est l'éducation voir le manque d'éducation qu'ils ont qui font qu'ils deviennent des hommes ignobles.

Et je trouve que le personnage de Laurent Stocker qui joue l'inspecteur pour savoir si cette maison mérite des fonds ou non, il incarne parfaitement cette diabolisation que l'on fait, à force de voir et d'entendre des horreurs. Il est toujours critiqué, il est toujours mal regardé et pourtant ce qui l'importait le plus dans sa recherche, c'était de connaître l'opinion des victimes qui sont venus dans cet établissement et ce que le personnel a fait pour elles. Je trouve que cette scène est une grande leçon que l'on peut avoir en tant que femme. On ne doit pas tout mélanger. Jamais. Sinon, on devient nous aussi des bourreaux. C'est une solidarité qu'il faut entre homme et femme contre les violences que les hommes se sentent librement de faire aux femmes.


Pour terminer, le film est bien sincèrement, il vaut un ticket de cinéma. Il vaut notre regard de spectateur. Il mérite des entrées et qu'on parle encore plus de ces établissements qui sont essentiels pour ces femmes. Il y a certes quelques petits soucis scénaristiques, mais ce n'est pas pour autant un film que je condamne.

Votrespectatrice
7

Créée

le 11 mars 2026

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