« Father Perez said you turned your back on the church. » ANNA GARCIA

La Llorona est l'une des légendes urbaines les plus connues du Mexique. Il est difficile d'en trouver l'origine précise et de multiples variantes existent. La Llorona est un fantôme qui pleure la mort de sa progéniture qu'elle a elle-même noyée, après l'abandon de son mari. Elle part à la recherche d'autres enfants qui remplaceraient les siens. On racontait qu'au XVIème siècle, une femme vêtue de blanc réveillait chaque nuit les habitants d'un village par ses pleurs avant de disparaître. Peu de gens se risquaient à l'approcher et ceux qui le faisaient mouraient.

The Curse of La Llorona sort en 2019 et raconte l’histoire de cette malédiction ci-dessus. Sauf que en France, ils (je dis « ils » car je ne sais pas de qui il s’agit) ont la bonne idée de renommer le film La Malédiction de la Dame Blanche alors que la légende urbaine évoquée dans le long-métrage n'a pourtant rien à voir avec celle du fantôme qui arpente les routes et fait de l'auto-stop.

Ajoutons à cela que le film est initialement annoncé comme un film original, mais à la suite de projections presse, le long-métrage est rattaché au Conjuring-verse. Le film est d'ailleurs produit par James Wan et Gary Dauberman ce qui laisse peu de doute sur le rattachement du projet.

Reste que quand The Curse of La Llorona sort en avril 2019, on ne sait pas trop ce qu’on va voir, surtout que Annabelle Comes Home, lui aussi rattaché au Conjuring-verse, sort en juin 2019.

Le film doit surtout révéler au grand public le savoir-faire de Michael Chaves. Réalisateur choisi par James Wan afin de le remplacer sur la suite très attendu du Conjuring-verse et qui a donc l’occasion de montrer ce qu’il vaut avec ce nouvel opus. De rassurer les spectateurs sur le fait que le Conjuring-verse se retrouve entre de bonnes mains. Tel était le but de ce film. Malheureusement, si l’ensemble se montre honorable, il n’empêchera pas d’effacer cette impression de banalisation dans laquelle la saga s’engouffre déjà depuis quelques titres.

Dès les premières minutes du film, hormis une introduction des plus plates en termes de frissons, on sentait pourtant que Michael Chaves était l’homme de la situation. Que James Wan avait trouvé en lui son digne héritier pour reprendre les rênes de sa franchise. Tout comme lui, Chaves révèle un goût pour une caméra dynamique. Une caméra qui préfère se mouvoir dans l’espace plutôt que de rester plantée là à filmer mollement une séquence horrifique. Ce qui confère d’emblée au film une énergie plus que bienvenue qui ne s’amenuisera jamais tout au long du visionnage. Ce qui est déjà une bonne chose. Rien qu’avec ces constats, le film se présentait sous de bons augures, mais il suffira d’avancer dans le long-métrage pour se rendre compte que tout cela n’était que du vent. Que Michael Chaves n’est rien d’autre qu’un faiseur au service du scénario archi balisé de Mikki Daughtry et Tobias Iaconis et ne pensant qu’à remplir son cahier des charges sans jamais aller au-delà.

Le film a beau nous présenter une légende urbaine mexicaine qui aurait justement pu jouer de sa nationalité dans ce cinéma américain, il n’est finalement qu’un titre horrifique de plus. Un long-métrage qui reprend pour la énième fois le postulat de la famille poursuivie par une entité démoniaque tout en enchainant sans se cacher les poncifs du genre. Que ce soit les jumpscares jamais originaux et pour le coup prévisibles, des personnages débiles au possible, des clichés dont l’exploitation en est devenue insultante et un final réalisé un grand renfort d’effets spéciaux pour un rendu spectaculaire dispensable pour ce type de production.

Linda Cardellini et les jeunes Roman Christou et Jaynee-Lynne Kinchen forment un trio terrifié et suffisamment attachant pour nous entraîner jusqu’au bout. Je précise parce que autour d’eux c’est le néant total. L’interprète de la Dame Blanche est transparente malgré la puissance horrifique du démon, l’exorciste est caricatural, et après ça, il ne reste plus grand monde.

Malgré une angoisse revue à la baisse et cette banalité parasitant le film, celui-ci possède toutefois deux atouts qui en font un opus regardable. À commencer par son rythme effréné, qui ne laisse aux spectateurs que très peu de moments de répit. Un rythme qui sait doser entre les situations horrifiques et les instants plus posés, parvenant à faire du long-métrage une sorte d’attraction divertissante. Peut-être pas un train fantôme de haute volée mais un bon manège sachant amuser. L’autre atout, c’est bien la Dame Blanche elle-même. Alors oui, le démon n’est pas aussi charismatique que la poupée Annabelle, que The Crooked Man ou encore le terrifiant Valak. Mais il possède une histoire et une iconisation qui lui permettent de porter le métrage sur ses épaules et de mériter sa place dans la franchise du Conjuring-verse. Et cela, Michael Chaves l’a cependant compris au point de ne miser que sur son exploitation et non le travail qu’il devait effectuer autour pour valoriser son savoir-faire.

En ce qui concerne la place du film dans le Conjuring-verse, elle est infime, la présence du Père Perez incarné par Tony Amendola déjà apparu dans Annabelle suffira à faire plaisir aux fans inconditionnels du Conjuring-verse.

Le Conjuring-verse sans James Wan à la barre (bien qu’il en reste le producteur), nous l’appréhendions déjà. Mais de savoir que c’est Michael Chaves qui s’en chargera n’a fait que monter mon doute en ce qui concerne la qualité du troisième opus principal de la saga horrifique. Car si Michael Chaves démontre avec ce film qu’il sait divertir, il terrifie à l’idée que le bébé de James Wan devienne ce qu’il n’a jamais été, à savoir un film d’horreur lambda sans âme.

StevenBen
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le 14 sept. 2023

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Steven Benard

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