Découvert au cinéma quand j'avais à peine 15 ans, je n'ai jamais oublié ce film.

Et pour cause, en plus d'être un vrai exercice de style dans la réalisation, les thèmes abordés sont particulièrement durs.

Aborder l'abus sexuel est en général périlleux.


Le récit construit en tiroirs ne me permet pas vraiment de raconter ce film. Almodovar prouve encore une fois son habileté à raconter une histoire dans une histoire, et on y retrouve ses thèmes de prédilection, en particulier l'homosexualité.


Almodovar a toujours eu pour moi une vraie connexion avec le féminin et a toujours superbement mis en valeur les femmes. Alors, avec La mauvaise éducation et son casting exclusivement masculin, on pourrait être déconcerté au premier abord.

En revoyant récemment le film, je me suis rendue compte que chez Almodovar, la féminité est aussi là où on ne l'attend pas. En fait, elle est partout.


La féminité est un refuge pour Ignacio. Il devient une femme pour fuir le garçon qu'il était.

La féminité est un moyen de séduction. Dans "La visite", c'est travesti en femme qu'Ignacio séduit à nouveau son amour de jeunesse.

Mais le personnage incarné par Gael Garcia Bernal représente à lui seul, cette ambivalence du film entre le masculin et le féminin.

Il ment, manipule, use et abuse de son charme. Chacun de ses mots n'est que mensonge. Il manipule Enrique pour que "La visite" soit adaptée et feint des sentiments amoureux à son égard pour en avoir le rôle-titre. Il est parfaitement conscient de sa beauté et en joue allègrement pour convaincre un homme de tuer. Il se sert de son charme pour se débarrasser de son frère, comme on jette un meuble encombrant, lui volant ainsi son identité, son œuvre et par extension, la reconnaissance qu'il méritait.

Ignacio meurt une deuxième fois, assassiné par son propre frère, avec la complicité de son premier bourreau.

Ces mensonges et cette cruauté m'ont fait réfléchir. Je me suis rendue compte que ce personnage masculin si complexe, avait en fait les mêmes caractéristiques que certains personnages que je connaissais déjà : Des femmes.

Des femmes comme Rose Loomis dans Niagara ou comme Susan dans Prête à tout. Elles sont aussi belles qu'intelligentes, et savent user de leur charme pour obtenir ce qu'elles veulent des hommes, y compris le pire. En fait, avec son antagoniste, Almodovar attribue à un homme des caractéristiques habituellement associées au féminin dans l'imaginaire collectif, détruisant ainsi tout un motif récurrent de la fiction, et quelques clichés misogynes au passage. User de son charme et mentir pour arriver à ses fins n'est pas l'apanage des femmes, mais de l'humain tout simplement. Jusqu'où l'humain peut-il aller pour son propre intérêt ?


La mauvaise éducation est le film le plus personnel de Pedro Almodovar qui confesse avoir mis environ 10 ans à l'écrire. Il touche ici à des thèmes sensibles, avec une écriture et une mise en scène impeccable.

Je regrette que ce film soit un des moins reconnus et un des moins primés de sa carrière, car il réussit à nous prouver que finalement, l'homme est une femme comme les autres.





Winslow-Leach
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le 12 août 2025

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