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La Menace
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le 12 avr. 2022
REVU SUR LA PLATEFORME DE FRANCE TÉLÉVISION
Dans les années 1970, Alain Corneau s’impose comme l’un des grands artisans du polar français. De France, société anonyme à Police Python 357, en passant par son sommet, Série noire, jusqu’au crépusculaire Le Choix des armes, le cinéaste n’a cessé de jouer avec les codes du genre pour mieux les tordre, les assombrir, et parfois les sublimer.
Avec La Menace, il s’inscrit pleinement dans cette veine noire, presque fataliste. Yves Montand y incarne un homme ordinaire en apparence, chef d’une entreprise de transport routier, pris dans un entrelacs sentimental qui va précipiter sa chute. Vivant avec une riche compagne, Dominique, il projette de la quitter pour Julie, enceinte de lui — mais la première n’entend pas se laisser évincer sans livrer bataille.
Le film fonctionne avant tout comme un engrenage implacable. Thriller psychologique autant que mécanique du destin, La Menace fascine par la rigueur de son écriture. Corneau orchestre son récit avec une précision quasi chirurgicale : chaque détail, chaque geste, chaque silence semble annoncer l’inéluctable. La mise en scène, d’une sobriété calculée, privilégie la tension diffuse à l’esbroufe, installant un climat de malaise qui ne se dissipe jamais tout à fait.
La distribution se montre à la hauteur de cette exigence. Si Montand compose un personnage volontairement opaque, presque antipathique, ce sont peut-être Marie Dubois et Jean-François Balmer qui marquent le plus durablement, par la finesse de leur jeu et leur capacité à faire exister, en creux, toute la violence latente du récit.
Reste cette dernière demi-heure, quasi muette, audacieuse dans son parti pris mais plus discutable dans ses effets. Là où l’on attendrait une montée en tension et une implication émotionnelle plus forte, le film semble se figer dans une forme de distance. La scène finale, spectaculaire sur le papier, peine à susciter l’émotion ou même un véritable suspense.
La Menace n’en demeure pas moins une œuvre solide, emblématique du savoir-faire de Corneau : un cinéma noir, rigoureux, parfois froid, mais toujours tenu, où la mécanique dramatique l’emporte sur l’émotion pure.
Créée
le 5 avr. 2026
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