REVU SUR LA PLATEFORME DE FRANCE TÉLÉVISION


Dans les années 1970, Alain Corneau s’impose comme l’un des grands artisans du polar français. De France, société anonyme à Police Python 357, en passant par son sommet, Série noire, jusqu’au crépusculaire Le Choix des armes, le cinéaste n’a cessé de jouer avec les codes du genre pour mieux les tordre, les assombrir, et parfois les sublimer.

Avec La Menace, il s’inscrit pleinement dans cette veine noire, presque fataliste. Yves Montand y incarne un homme ordinaire en apparence, chef d’une entreprise de transport routier, pris dans un entrelacs sentimental qui va précipiter sa chute. Vivant avec une riche compagne, Dominique, il projette de la quitter pour Julie, enceinte de lui — mais la première n’entend pas se laisser évincer sans livrer bataille.

Le film fonctionne avant tout comme un engrenage implacable. Thriller psychologique autant que mécanique du destin, La Menace fascine par la rigueur de son écriture. Corneau orchestre son récit avec une précision quasi chirurgicale : chaque détail, chaque geste, chaque silence semble annoncer l’inéluctable. La mise en scène, d’une sobriété calculée, privilégie la tension diffuse à l’esbroufe, installant un climat de malaise qui ne se dissipe jamais tout à fait.

La distribution se montre à la hauteur de cette exigence. Si Montand compose un personnage volontairement opaque, presque antipathique, ce sont peut-être Marie Dubois et Jean-François Balmer qui marquent le plus durablement, par la finesse de leur jeu et leur capacité à faire exister, en creux, toute la violence latente du récit.

Reste cette dernière demi-heure, quasi muette, audacieuse dans son parti pris mais plus discutable dans ses effets. Là où l’on attendrait une montée en tension et une implication émotionnelle plus forte, le film semble se figer dans une forme de distance. La scène finale, spectaculaire sur le papier, peine à susciter l’émotion ou même un véritable suspense.

La Menace n’en demeure pas moins une œuvre solide, emblématique du savoir-faire de Corneau : un cinéma noir, rigoureux, parfois froid, mais toujours tenu, où la mécanique dramatique l’emporte sur l’émotion pure.

JromeCin-radica
6
Écrit par

Créée

le 5 avr. 2026

Critique lue 13 fois

hopkins

Écrit par

Critique lue 13 fois

D'autres avis sur La Menace

La Menace

La Menace

8

JeanG55

2460 critiques

La Menace

Alain Corneau est un réalisateur que beaucoup considèrent comme un spécialiste du cinéma policier noir mais en fait, pour moi, il est bien plus que ça quand on voit ses autres réalisations comme...

le 12 avr. 2022

La Menace

La Menace

7

-Marc-

898 critiques

Le faux coupable

Alain Corneau renverse le jeu du polar classique. Au lieu d'un coupable qui cherche à prouver son innocence, il nous présente un innocent qui cherche à se faire passer pour coupable...et ce n'est...

le 13 août 2013

La Menace

La Menace

9

Pierre-Amo-Parfois

1038 critiques

Gone Girl! Very gone...

Remarques en vrac:__en dépit de son si beau début, je l'avais abandonné une fois puis je l'ai repris moins fatigué et quel suspense! __la scène du début est très belle! un vrai tableau! une voiture...

le 24 juil. 2024

Du même critique

Les Frères Sisters

Les Frères Sisters

10

JromeCin-radica

3435 critiques

Immense

LES FRERES SISTERSImpressions à chaud, quelques minutes après être sortit de la salle du cinéma.Il faut voir ce film si vous aimez Jacques Audiard, il ne vous décevra pas.Il faut voir ce film si vous...

le 13 mai 2025

Banger

Banger

2

JromeCin-radica

3435 critiques

Catastrophe

VU SUR NETFLIX Attention chef-d'œuvre.Le scénario est brillant. La mise en scène est inventive. Les acteurs sont tous formidables. Évidemment, je déconne. C'est nul. Jamais drôle. Visuellement très...

le 2 avr. 2025

Apex

Apex

3

JromeCin-radica

3435 critiques

Aucun intérêt

VU SUR NETFLIX Ce serait presque faire offense au cinéma que de qualifier Apex de Balthazar Komakur. Le film n’aspire d’ailleurs jamais à ce statut : il se présente pour ce qu’il est, un produit...

le 24 avr. 2026