L’homme ne vit qu’une vie, la sauterelle ne vit qu’un automne… mais la rentabilité dans tout ça ?

Vu l'année dernière, Acide, le dernier long-métrage du réalisateur, Just Philippot, m'avait plutôt déçu. Il y avait du potentiel, mais l'exécution était, selon moi, maladroite par moment, ça manquait de liant entre l'introduction et le reste du film, comme si j'avais eu affaire à deux projets différents… m'enfin, je ne suis pas là pour revenir sur cet autre film, bien que cela ne m'empêchera pas de les comparer. Parce que le plus important, c'est qu'il y avait justement du potentiel, et le court-métrage Acide, diffusé cinq ans avant son adaptation en long-métrage, avait confirmé que le bonhomme était loin d'être un incapable.


Ce qui m'a le plus surpris dans La Nuée, c'est qu'on se rapproche davantage du thriller et du film social typiquement français que du film catastrophe. Attention spoiler — comme toutes mes critiques btw — : la catastrophe en tant que telle commence véritablement alors qu'il reste moins de 10 minutes avant que le long ne se termine.

La Nuée s'ouvre sur une critique explicite du modèle capitaliste, du monde agricole, et en l'occurrence d'une triple violence. Triple, car, outre le fait que le monde rural crève la gueule ouverte aujourd'hui, la protagoniste, Virginie (Suliane Brahim) est très souvent prise de haut par les autres agriculteurs, machistes, mais aussi car elle et sa famille (surtout sa fille), victimes de l'innovation, se feront moqués par d'autres à plusieurs reprises, récolte d'insectes oblige. Just Philippot est loin de fétichiser le monde agricole, de le donner en exemple, sans le dénigrer pour autant.

Tout comme pour Acide, on retrouve dans La Nuée une famille décomposée, désagrégée, à l'exception qu'ici le daron est mort et que c'est la veuve qui a pris le lead. Plus sérieusement, j'ai trouvé le traitement plus pertinent dans le film dont il est question ici. Dans Acide, on nous vendait une fille de Guillaume Canet (acteur dont je ne suis toujours pas fan) qui paraissait plus au courant de l'état du monde actuel que ses parents, plus intelligente qu'eux à bien des égards, pour finir par se comporter comme un boulet durant le reste du film. Dans La Nuée, Virginie reste la protagoniste du début à la fin, mais est bien plus nuancée. La maternité qu'elle incarne n'est pas idéalisée. Elle ne vit que pour son taf' au point d'en oublier ses enfants par moment, de leur mentir, son fils pour la disparition de la chèvre, sa fille sur le fait qu'ils allaient partir autre part. Enfants (surtout la fille) qui ne sont pas fans de ce mode de vie à coup de plombs qui ne font que sauter et panneaux solaires qui n'emmagasinent pas assez d'énergies. Enfants qui, dans l'un comme dans l'autre film, vont passer en moins de deux heures de l'enfance à l'âge adulte. Pour le coup, Guillaume Canet oblige, je ne cache pas le fait que le trio d'acteurs (qui finit dans les deux longs par devenir un duo) de La Nuée m'a plus convaincu que celui dans Acide.


Il y a de nombreux renvois à la surexploitation, à l'anthropocène, avec cette protagoniste qui paye littéralement de son sang et de sa chair pour obtenir des sauterelles bien plus grosses, pour acquérir un meilleur rendement, dans une bien trop longue fuite en avant. Plus fugace, Virginie ira même jusqu'à vouloir couper un arbre, pourtant symbolique pour son fils, afin de laisser suffisamment de place pour l'installation d'une nouvelle serre. Pire, elle ira jusqu'à sacrifier plusieurs animaux au cours du film, un chien puis une vache, toujours dans cette optique de rendement : tout comme dans la réalité, la flore et la faune en sont les victimes. Autrement dit, nous ne sommes pas ici face à un film qui fait la promotion ou qui prône l'interdiction de la vente d'insectes, mais face à une œuvre qui critique les travers de la productivité, du fait de toujours produire plus pour moins cher.

Présenté comme un film d'horreur, j'aurais tendance, vu la rareté des scènes purement horrifique, à plutôt comparer La Nuée à un film comme Grave, deux films de genre plus allégoriques qu'horrifiques avec un peu de body horror pour les gourmands — pour le coup, je trouve qu'Acide fait mieux, aussi bien le long que le court-métrage, bien que dans les deux cas, le réalisateur ne tente à aucun moment de se confronter à un Cronenberg. À vrai dire, l'horreur en tant que tel vient plus de Virginie, des nombreuses scènes qui l'entourent et qui mettent mal à l'aise le spectateur, que des sauterelles. Sauterelles qui, quant à elles, tiennent davantage du bilieux mogwai et du vampire, que de celles présentes dans l'Exode.

  • En tant que fan de Gears of War, la nuée m'a immédiatement fait penser aux krylls, qui forment sensiblement le même genre de nuée noir, en plus de se montrer aussi plutôt voraces ; plus évident, la traduction de « locust » en français donne « sauterelle », de quoi nous donner un point commun supplémentaire.

Je serais tenté de dire que j'aimerais voir Just Philippot réaliser un film avec un plus gros budget sous le coude, La Nuée n'ayant couté que 3 millions d'euros… m'enfin, quand on le lui en a donné plus de 11, ç'a donné Acide. Peut-être que son cinéma fonctionne mieux grâce à une économie de moyen qui sait, ou peut-être qu'il a su s'entourer de meilleurs scénaristes avec La Nuée — là, pour le coup, ça me semble plus certain. Quoi qu'il en soit, ça ne m'empêchera pas de zieuter ce qu'il a fait et ce qu'il fera par la suite.

Créée

le 15 déc. 2025

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MacCAM

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