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À vomir
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Au milieu de La petite dernière, quatrième long-métrage d’Hafsia Herzi, un raccord improbable révèle autant l’horizon du film que sa principale limite : à un strip-tease langoureux filmé de haut en bas répond un travelling descensionnel sur le minaret de la Grande Mosquée de Paris, où se déroule une cérémonie religieuse. Herzi synthétise par cette rime visuelle l’opposition programmatique entre la sexualité de son héroïne, Fatima (une jeune lesbienne d’origine algérienne) et le poids de son éducation dans l'Islam. Si la grossièreté de l’effet raconte quelque chose, c’est moins de sa protagoniste principale que de la logique du film, aussi lourdement discursif et tristement banal, dans son portrait d’une jeune femme rétive aux assignations sociales de son milieu d’origine. La petite dernière se révèle en effet moins une fable sur un tourment intérieur qu’un récit d’émancipation culturelle, s’inscrivant explicitement dans la lignée de La Vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche, collaborateur et mentor de l'actrice-réalisatrice. Une amante artiste, des nouilles dégustées en gros plan, les larmes et la morve se mélangeant dans les scènes de chagrin, une séquence de Pride sur fond d’électro : le film multiplie les clins d’œil à la Palme d’or 2013, comme pour signaler lourdement sa filiation. Drôle de stratégie, qui conduit rapidement au jeu des comparaisons, nécessairement à la défaveur d’Herzi : difficile d’être convaincu par sa mise en scène atone et télévisuelle, à des lieux du sens de la durée et de la situation développée par l’auteur de Mektoub My Love.
De manière somme toute assez conventionnelle, le cœur véritable du film se situe dans le portrait qu'il dépeint de son héroïne (contrairement à Kechiche, Herzi place les visages, et non les corps, au centre de son dispositif) : de son silence brutal à son craquellement progressif, Fatima fait l'épreuve de l'adversité (dès l'une des premières séquences, elle frappe un camarade de classe qui a deviné son secret) et de sa propre honte. La meilleure séquence du long-métrage, où le metteuse en scène assume enfin de jouer sur la durée, repose ainsi sur l’extraction difficile d’un aveu par la mère de l’héroïne, aveu qui ne viendra toutefois jamais. Adapté d'un roman autobiographie de Fatima Daas, La petite dernière s'apparente ainsi à un récit d'initiation vers l'avènement d'une parole qui ne retentira jamais dans le film, car il faut à l'héroïne les mots silencieux de l'écriture pour s'avouer à elle-même sa véritable identité. Dommage que le film ne fasse pas de ce principe le ferment de sa mise en scène, plus attachée à développer des embryons de récits conventionnels (une histoire d’amour malheureuse, la découverte du milieu lesbien parisien) qu’à suivre un cap clairement établi.
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le 25 mai 2025
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