Si le film "Lire Lolita à Téhéran" d'Eran Riklis avait tout pour séduire les franges islamophobes persuadées que le Salut des populations, (et surtout des femmes opprimées), dans les dictatures islamistes ne pouvait venir que d'un Occident salvateur, venu repousser les ténèbres barbares par sa lumière néo-coloniale.

Si "Lire Lolita à Téhéran" ne montrait l'Iran que comme un espace en négatif de notre civilisation, sans aucune perspective de résistance interne aux cultures arabo-musulmanes, naturalisant la domination coloniale sous les habits de l'émancipation féminine, geste rappelant celui des fémonationalistes et de cette "gauche" laïcarde aveuglée par sa haine du religieux.


Le dernier film de Hafsia Herzi, "La petite dernière", semblait flatter les mêmes appétits : une femme musulmane, lesbienne, étouffée par le poids des traditions, qui s'engage dans des études de philosophie. Mais qu'on ne s'y trompe pas : "La petite dernière" ne repousse pas la question religieuse loin de l'orientation sexuelle. Les deux identités se touchent, frictionnent pour finalement se concilier : Fatima cherche son Islam par elle-même et pour elle-même. Le corps lesbien cherche une libération de l'intérieur, en tâtonnant, avec une maladresse touchante. La liberté n'est pas un symbole qu'on brandit jusque dans le titre, c'est un processus intime qui consolide la foi au lieu de l'abandonner. L'Islam et le désir homosexuel cessent d'être antagonistes.

Ce qu'il reste finalement au bout du chemin n'est pas un triomphe grandiose et des lendemains qui chantent. Car ce film nous rappelle que le patriarcat est un combat de tous les instants, que le patriarcat n'est pas juste une abstraction, mais qu'il s'incarne au quotidien : dans les traditions qui vont jusqu'à travestir la foi, dans les mots du quotidien qui excluent, dans les rôles domestiques. "La petite dernière" est un chemin de solitude qui passe par soi pour s'ouvrir aux autres, pour tenter de concilier les fidélités opposées. Entre l'ancienne famille et la nouvelle, entre le foyer parental et la communauté LGBT. C'est un film qui nous invite à agencer nos identités, à les recomposer.

"La petite dernière" nous montre que la résistance n’est pas qu'une recherche de victoire collective, c’est une lutte intime où la foi et le désir cohabitent dans la même chambre.

King-Jo
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le 24 oct. 2025

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