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Auxiliaire de vice
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Première déception dans le cinéma de Robert Guédiguian, qui semble s'être enlisé dans des dynamiques qui ne lui ressemblent pas et qui aboutissent à un film pas très bien manœuvré. Certes, on le connaît pour ses films humanistes et gorgés de bonté, mais dans La pie voleuse elle est poussée à l’outrance. On y décèle surtout une œuvre où les bons sentiments et faux pas scénaristique font office de cache-misère à un vide dramaturgique.
Sur le papier, sa triplette mascotte fonctionne plutôt bien et porte le film avec la complicité qu'on leur connaît :
Ariane Ascaride en mode chipie voleuse, qui interprète comme souvent son rôle avec justesse, Gérard Meylan est un peu plus sporadique que d’habitude mais disons qu’il fait le café et Jean-Pierre Darroussin se débrouille bien dans la peau d’un homme diminué et dupé.
D'ailleurs le point de départ ne me déplaisait pas forcément : Maria, une aide à domicile appréciée, subtilise de menues sommes d'argent aux personnes âgées qu’elle soigne pour offrir la location d'un piano à son petit-fils, jusqu'au jour ou le fils d'une des victimes s'en rend compte ...
Et donc sachant que le rideau sera tiré à un moment dans le film, je me frottais sadiquement les mains en attendant l’épiphanie, qui est censée faire tout basculer… mais ça ne sera pas le cas. Le cinéaste estaquéen évite absolument toute confrontation entre ses personnages.
Et c'est là que le bât blesse.
Parce que notre cher Robert va de manière flagrante bidouiller une relation artificielle entre la fille de la coupable et le fils de la victime. C’est là que je n'ai pas reconnu Guédiguian : il est allé chercher une jeune bombe afin d’avoir les armes pour jouer les compensations financières et réparer les erreurs de sa mère. Le réalisateur refuse obstinément de filmer le moindre inconfort.
C’est profondément regrettable. Le cinéaste était jusque-là connu pour arborer des personnages authentiques, des gens qui ne remplissent pas grossièrement les standards de beauté. Ce qui faisait la force de Robert Guédiguian, c’était le charme et la sincérité qu’il injectait dans ses relations. Dans La Pie voleuse, on ne retrouve malheureusement ni l’un ni l’autre.
Un mauvais point en entraînant évidemment un autre, le mauvais choix scénaristique empêche totalement le traitement du conflit. Le fils de la victime, aussi naïf que détestable, semble oublier instantanément le préjudice subi par son père pour s'enfoncer dans une romance à laquelle on ne croit pas une seconde. Non mais c’est vrai une question, comment peut-il ne pas douter de la sincérité de cette fille compte tenu des raisons de leur rencontre ?
Là encore, je cherche le Guédiguian d'autrefois, celui qui confrontait directement Marie-Jo à ses deux amours, mais je ne le trouve plus. Dans ce nouveau long-métrage, toute confrontation nécessaire entre la voleuse et le volé est annihilée, laissant place à un subterfuge absurde qui évapore la tension de manière frustante.
Au delà de son écriture, Guédiguian, qui a toujours revendiqué un cinéma profondément ancré dans les luttes prolétariennes et la croyance en l'humain, n’a jamais été aussi maladroit qu’ici. Le film peine à témoigner de la précarité réelle de ces familles, allant même jusqu’à leur faire voler de l’argent à des classes qui paraissent elles-mêmes moyennes.
Est-ce que le réalisateur de 72 ans a perdu sa patte ? Sa lucidité ? Ou a-t-il essayé d'explorer un horizon qui ne lui destine rien ? Je ne pourrais pas répondre à sa place. Mais avec La Pie voleuse, il semble avoir franchi le pas de trop dans ce qui faisait autrefois le sel de son cinéma. En attendant, j’espère sincèrement qu’il ne fera rien de semblable à l’avenir.
Créée
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