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le 21 sept. 2018
SuivreLes frères Sisters
Jacques Audiard, Joaquim Phoenix, John C.Reilly, Jake Gyllenhaal, Riz Ahmed, Western, tournage en anglais, voilà beaucoup d'arguments qui, sur le papier, m'ont fait saliver. Comme beaucoup, j'avais...
Pour être honnête, les westerns modernes n'ont jamais étés ma tasse de café. Je ne suis pas non plus fan des remakes (3h10 pour Yuma, les 7 mercenaires...), que j’ai tendance à trouver inutiles et plus simplement mauvais.
Pourtant l'année 2018 m'avait déjà donné tort avec l’apparition sur le grand écran de Hostiles. Voilà que Jacques Audiard, pourtant profane au western, et dont le cinéma n'avait jusque-là eu à mon égard que de la politesse, m'offre une nouvelle possibilité d’infléchir mon opinion sur le western moderne.
Les frères sisters est une œuvre subversive dont la déconstruction du genre est radicale.
Effectivement on est loin d'un hommage à la trilogie Léonienne ou au mythe fondateur fordien.
Fini les héros solitaires et taciturnes, le brigand immoral, l'esthétisation des meurtres, la loi du plus fort... C'est tout l'opposé : Des duos, pas d’antagoniste (ni même de shérif), une violence abrupte, crasseuse, servant d'exutoire plutôt que de jubilation.
D'ailleurs Audiard refuse de se conformer aux codes du Western jusqu'à sa toile de fond. Fini les vallées brûlantes de l'Arizona ! Direction les paysages humides européens.
Et avec ça il balaye les premiers écueils dans lesquels le film aurait pu facilement se heurter, évitant ainsi d’être un western poncif. Mais j’en convient, c’est loin d’être suffisant, il y a encore du chemin à parcourir pour être un bon film…
Alors rentrons dans le vif. Le récit s'articule donc autour de deux duos qui s’opposent.
Le premier et le plus central : Eli Sisters et Charlie Sisters. Audiard brosse 2 portraits aux antipodes. Celui de Charlie, sociopathe, alcoolique et qui embrasse sans limite sa nature destructrice. Eli lui, en dépit d’être un tireur tout à fait louable, est une âme plus sensible, un homme pragmatique qui aspire à retourner à une vie normale. À de nombreuses reprises et notamment quand il découvre la brosse à dents, pleure la perte de son cheval… le réalisateur français dépeint un homme qui cherche désespérément à s'extirper de la barbarie. D’ailleurs de manière générale Jacque Audiard multiplie remarquablement les scènes cristallisant la vulnérabilité des frères, les rendant de ce fait plus attachants.
Leur histoire est le fruit d’un travail brillant sur la masculinité et le poids de l'héritage paternel. Charlie et Eli sont les produits d'un père alcoolique et abusif et pensent être voués à subir les conséquences héréditaires, devenant naturellement des monstres. Mais pour autant Eli semble refuser cette destinée, alors que Charlie lui, beaucoup plus fataliste, se résigne à son sort et peut-être même pire, trouve de la complaisance dans sa fatalité. Et si nous pensions que la relation entre deux frères alignant bon nombres de dissimilitudes, pourrait paraître, trop tumultueuse pour laisser place à la tendresse, on peut avouer s’être fourré le doigt dans l'œil. Malgré de récurrentes discussions cinglantes, on ressent un amour presque tangible entre ces deux frères, qui ont besoin formellement besoin de l’autre.
La deuxième paire, John et Hermann, eux, un poil moins attachants en raison de leurs caractères aseptisés, deviennent assez rapidement coessentiels et ambitionnent l’utopie d'une société phalanstérienne.
Une ambition dont le destin se voit brisé brutalement, et me permet ainsi de me pencher sur la brutalité du film.
Alors je savais que Jacques Audiard n’était pas un réalisateur qui édulcorait ses scènes, je l’avais compris dans “le prophète” lorsque les premières minutes sont marquées par une attaque à la jugulaire chaotique et brute.
Récidivement, il ne se prive pas, à ma plus grande joie, de rompre avec la bienséance : éxecutions sèches, amputations explicites, suicide précipité… et évidemment des brûlures tragiques punissant la cupidité de l’homme et renversant ainsi le récit.
D’ailleurs je fais une parenthèse sur ce récit assez décousu, car ça n’a pas plus à tout le monde. J’ai pour ma part adoré qu’on suive (ou pas) une intrigue qui évolue constamment. En fait on se sent, tout comme les personnages, pris au dépourvu des aléas, rendant la narration absolument imprévisible et jouissive.
Il ne faudrait quand même pas que j’exclue de ma critique la somptueuse mise en scène bucolique, portée par la photographie de Benoît Debie, déjà connu pour son travail avec Gaspar Noé dans Climax, enter the voice, love, lux Aeterna…. Pour ne pas tout citer.
Et il m’a suffit de quelques secondes pour saisir l’audace de la mise en scène, avec une scène de fusillade nocturne, dans une obscurité presque totale, seulement éclairée par les coups de feu.
Sinon, petit mot sur la fin qui revient souvent dans les critiques, personnellement je trouve que vis à vis du reste du film elle pèse trop peu dans la balance pour pouvoir résumer le film à ses dernières secondes, mais pour ma part je l’apprécie vraiment et la vois comme une conclusion maline. Je m’explique : Tout le long de leur aventure, les deux frangins ont tenu pour responsable de leur destinée, le sang du père qui coulait dans leur veine. Maintenant que leur destinée semble prendre un autre chemin, c’est leur mère qui leur ouvre les portes d’une paix intérieure.
Créée
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