Le temps d’une ouverture en fanfare avec carton d’avertissement décalé, chasse à courre de gilets jaunes puis bifurcation narrative, coup de foudre entre une guichetière RATP et un héritier aristocrate, on croit retrouver l’insolence malicieuse qui parcourait les deux superbes longs-métrages d’Antonin Peretjatko : La fille du 14 juillet, La loi de la jungle.


     Si tout n’a pas disparu, puisque l’esprit est resté globalement le même, La pièce rapportée souffre d’imposants problèmes de rythme, d’un cadre sans doute trop isolé et rigide (La demeure parisienne d’une aristocratie fin de race) et d’une folie plus douce, plus canalisée : Le vaudeville offre en effet moins d’espace de jeu, de liberté pour Peretjatko, comme s’il était empêché par les codes sclérosés du genre. Disons que ça lui réussit moins que le film de vacances ou le film d’aventures.


     Dans ses films, courts ou longs, il y a toujours des problèmes de rythme, des ratés, une scène absurde qui peut tomber à plat, ce n’est pas le problème. Simplement ici, l’équilibre est moins évident. On retrouve toutefois quelques petites saillies burlesques qui font le sel de son cinéma : Ici Balasko qui détricote des pulls, le son du téléphone sur lequel Katerine joue en permanence. Il y a la séquence de la contrebasse. Et une attention portée aux arrière-plans : Notamment dans le parc où l’on aperçoit dans les plans une joggeuse pratiquer son sport dans des positions chaque fois plus insolites. Et parfois ce sont juste des objets, ici un téléphone qui sert aussi de contenant à whisky ou des prothèses mécaniques téléguidées offrant à Mme Château-Têtard la possibilité de se déplacer sous une allure de Robocop : On se souvient encore du déguisement « La métamorphose, de Kafka » dans La fille du 14 juillet.


     Néanmoins, la mise en scène elle-même est plus passe-partout, alternant des idées bâclées (la scène de la tour Eiffel, par exemple) et d’autres inventives et drôles. Dans ces moments-là puis dans certains dialogues, Peretjatko retrouve toute sa verve comique et surtout politique, tant il n’hésite pas à parler d’exil fiscal, de campements de migrants, des gilets jaunes ou de la suppression de L’ISF.  


     Si sa narration est plus anecdotique, c’est dans l’utilisation de la voix off, tour à tour neutre, partiale ou espiègle, ou dans sa déconstruction qu’on le retrouve pleinement. Et il y a cette idée géniale que la famille Château-Têtard a jadis fait fortune grâce à son invention du monte-charge Pinochet crée pour le dictateur chilien, qu’ils réutilisent depuis que la reine mère (surnom donné par Demoustier à Balasko dans le film) est en chaise roulante depuis un banal accident de chasse.


     A noter qu’Anaïs Demoustier, Philippe Katerine, Josiane Balasko et Sergi Lopez se fondent admirablement dans son univers. Un peu déçu globalement parce que j’adore Peretjatko, mais c’est un film très chouette.

JanosValuska
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le 10 févr. 2022

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