Ingénieuse variation du nombre de sabres dont peut user un manchot trempé par la douleur et la rage.

Toujours intéressés par la nouvelle mouture d'une même histoire, nous suivons avec indulgence l'intrigue que nous connaissons bien du sabreur émérite, déchu car amputé, phoenix qui renaît de ses cendres avec une nouvelle dextérité née du handicap, enrichie d'une connaissance nouvelle de la vie, des conflits et des arts martiaux, acquise après une période de marasme psychologique et social.

La narration et les rapports des personnages sont simples, presque simplets, mais rehaussés par une luminosité naïve qui les rend tous attachants, y compris le méchant au nunchaku, qui a un beau visage rusé et une sorte de noblesse dans la fourberie.

Le seul personnage qui ne tire pas vers le haut son épingle du jeu est la jeune femme, faire-valoir sans cervelle du héros et de son amitié avec un autre sabreur à deux épées (même sa course finale pour se jeter dans le bras unique du héros resté seul sur un pont parmi une multitude de cadavres n'améliore pas son romantisme de pacotille).

La réalisation aussi est simplette, alternant des plans fixes, des plans larges et des zooms, sauf dans les scènes de combat, extrêmement soignées, tandis que les chorégraphies sont captivantes et dans les moments critiques étincelantes.

Le héros sabreur avait initialement deux sabres. Néanmoins il perdit contre un maître aux trois bâtons articulés. Devenu manchot, sa dextérité sera-t-elle réduite de moitié ? Survient un nouveau héros à deux sabres qui deviendra son ami. Il subira la même botte secrète du fléau articulé, mais plutôt que de s'amputer comme fit le héros, il s'entête et la scène de sa mort, spectaculaire est - comme annoncée dans la bande annonce - barbare. Pour venger son ami, le manchot reprend son sabre. Un seul sabre contre trois bâtons, lesquels furent deux fois vainqueurs de deux sabres bien tenus ? Le dernier combat comporte une astuce mathématique, physique, et circassienne qui emporte l'estime du spectateur intrigué.

L'originalité de trois moments (le premier avec l'auto amputation, le second avec la mort de l'ami loyal, le final avec l'ingénieuse compensation du handicap qui réussit à ce que "un bras + un sabre = quatre") au milieu de toute une série de combats intermédiaires plutôt machinaux, rachète si bien tout le reste, puéril mais qui leur sert d'écrin, que l'excellente réputation du film est méritée.

Michael-Faure
7
Écrit par

Créée

le 11 avr. 2026

Critique lue 7 fois

Michael-Faure

Écrit par

Critique lue 7 fois

4
2

D'autres avis sur La Rage du tigre

La Rage du tigre

La Rage du tigre

8

Docteur_Jivago

1444 critiques

La Chair et le Sang

Toujours entre les mains de la Shaw Brothers, les aventures du sabreur manchot vont être remises à zéro, Chang Cheh proposant avec La Rage du Tigre de reprendre le mythe à ses origines, tant dans...

le 11 mai 2017

La Rage du tigre

La Rage du tigre

8

BaleineDesSables

52 critiques

Way of the Swordsman.

Le cinéma de Chang Cheh a le goût de sang et de larmes, ses films tissent des histoires tragiques qui auront pour ses héros surpuissants une issue au mieux douce-amère. Et la Rage du Tigre n'y fait...

le 20 janv. 2020

La Rage du tigre

La Rage du tigre

9

toma_uberwenig

284 critiques

Donne moi ta manche et prend la mienne

Tout d'abord, éviter comme la peste la VF remasterisée. Les thèmes originaux, dont le sublime générique, y sont massacré, recomposés et rejoué dans une version puante ne captant en rien tout le coté...

le 29 mai 2011

Du même critique

La 7ème cible

La 7ème cible

7

Michael-Faure

434 critiques

Thriller à l'intrigue paranoïde aussi patiné par le temps que le visage magnifique de Lino

C’est un de ces thrillers à l’intrigue paranoïde où les raisons de la persécution ne deviennent explicites et rationnelles que dans le dernier tiers du film. Comme le rythme est lent, c’est un peu...

le 1 août 2025

Rio Bravo

Rio Bravo

9

Michael-Faure

434 critiques

Premier opus très célèbre, à l'équilibre parfait, de la trilogie Rio Bravo, El Dorado et Rio Lobo

Premier opus de la trilogie de Howard Hawks : Rio Bravo (1959), El Dorado (1967), et Rio Lobo (1970), c'est un des westerns les plus connus du grand public.La trame est semblable dans les trois...

le 25 déc. 2025

À la poursuite d'Octobre rouge

À la poursuite d'Octobre rouge

8

Michael-Faure

434 critiques

Thriller prestigieux où une partie d'échecs sous la mer rajoute du billard à trois bandes.

Quand on revoit A la Poursuite d'Octobre Rouge, on ressent à quel point la partie d'échecs à distance est une composante majeure de ce qui nous subjugue dans un film de sous-marins. Le raisonnement...

le 26 nov. 2025