"Découverte
J’étais enfant. J’aimais les grands combats,
Les Chevaliers et leur pesante armure,
Et tous les preux qui tombèrent là-bas
Pour racheter la Sainte Sépulture.
L’Anglais Richard faisait battre mon coeur
Et je l’aimais, quand après ses conquêtes
Il revenait, et que son bras vainqueur
Avait coupé tout un collier de têtes.
D’une Beauté je prenais les couleurs,
Une baguette était mon cimeterre ;
Puis je partais à la guerre des fleurs
Et des bourgeons dont je jonchais la terre.
Je possédais au vent libre des cieux
Un banc de mousse où s’élevait mon trône ;
Je méprisais les rois ambitieux,
Des rameaux verts j’avais fait ma couronne.
J’étais heureux et ravi. Mais un jour
Je vis venir une jeune compagne.
J’offris mon coeur, mon royaume et ma cour,
Et les châteaux que j’avais en Espagne.
Elle s’assit sous les marronniers verts ;
Or je crus voir, tant je la trouvais belle,
Dans ses yeux bleus comme un autre univers,
Et je restai tout songeur auprès d’elle.
Pourquoi laisser mon rêve et ma gaieté
En regardant cette fillette blonde ?
Pourquoi Colomb fut-il si tourmenté
Quand, dans la brume, il entrevit un monde."
Guy de Maupassant, Des vers
A l'instar de ce poème, les personnages de ce film sont tous des enfants, des enfants qui rêvent dans des corps de vieillards. Désabusés par la vie et par le vrai visage de leurs héros, ils n'en ont pas moins gardé leurs rêves d'enfants.
Cela donne une parodie surprenante, une épopée ironique et dramatique, douce et amère.
C'est une dénonciation du romantisme, absurde et morbide.
Robin déçu par Richard retourne au pays accompagné de son fidèle "Petit Jean". Sorte de Don Quichotte a qui il manquerait tout de même un élément essentiel, l'altruisme. Il se cherche des causes à défendre pour satisfaire son goût des combats, de la gloire et de son image du héros.
Marianne sa Dulcinée, devra recourir aux moyens les plus extrêmes pour le conserver et se conformer à son rêve de l'amour tragique, tels Tristan et Iseult.
Nottingham, lui aussi est déçu par son roi et par la réalité. Il est heureux de retrouver son vieil adversaire et ses rêves de chevalerie d'autrefois.
Robin et lui vont entrainer tout le comté dans la réalisation folle de leur fantasme romantique.
Richard est paradoxalement plus proche de la vérité historique dans ce film que dans la légende: un crétin, brutal, irresponsable qui veut accrocher son nom à la légende. Dans la réalité, Saladin, bien plus malin saura le manipuler en flattant sa vanité.
Seul, Jean reste discrédité. Pourtant, ce type dû restaurer l'ordre dans un pays en proie aux révoltes et brigandages, restaurer les finances mises à mal par son irresponsable de frère, rendre aux paysans exsangues les moyens de nourrir le royaume.
Mais ce ne sont pas les paysans qui écrivent l'histoire. L'histoire appartient à ceux qui écrivent les plus belles légendes.
C'est toujours le cas aujourd'hui.
"Mignonne, c'est l'Avril: les amants et les princes,
Conquérant à l'envi maitresses et provinces
Vont fatiguer les Dieux du bruit de leurs exploits
Jusqu'à ces mois d'automne où tombent à la fois
Les feuilles et les rois.
André Maurois