Onze ans après La rosière de Pessac, Jean Eustache revient en 1979 filmer une autre cérémonie, ainsi que le choix de l'élue, et on se rend assez vite que la société a évolué. Déjà par la présence de HLM, puis par la disparition progressive de l'agriculture par le chômage dont on entend parler, et puis surtout sur le choix-même de la rosière, qui n'est plus née à Pessac, mais normande d'origine. Cependant, elle répond aux critères d'admission, à ceci près qu'elle a 15 ans, une véritable porcelaine.
Quelque part, le film de 1979 est un miroir de 1968 dans son déroulé, mais à travers ceci, Jean Eustache nous parle des changements sociétaux, des femmes qui prennent plus de place dans le délibéré, et il semble y avoir une certaine innocence qui s'est perdue. Sans doute que le documentaire de 1968 a préparé en quelque sorte les personnes à la façon dont elles seraient filmées. Peut-être qu'on perd une part de spontanéité, mais il y a toujours quelque chose de l'ordre de la capsule temporelle qui agit, alors que les Trente Glorieuses sont passées. Pour l'anecdote, le blu-ray propose un petit reportage de télé de cinq minutes diffusé peu après la mort d'Eustache où les deux lauréates de la Rosière, 1968 et 1979, reviennent sur ces films, et la nostalgique qui en découle pour la première.