Ca démarre très fort, avec un mari toxicomane qui bat brutalement sa femme et son jeune fils. Madame fuit avec son enfant et ses maigres ressources, et demande le divorce. Sauf que le père du mari toxico est un très puissant industriel, bien décidé à récupérer la garde de son petit-fils. Il va engager un escroc pour tenter de compromettre sa bru devant le tribunal...
Il faut reconnaître l'audace du film à aborder frontalement le divorce, chose encore rare à l'époque. Rappelons que "Kramer vs Kramer" ne sortira que 9 ans plus tard ! Notre héroïne aura ainsi le droit à diverses réflexions désobligeantes, simplement parce que c'est une future divorcée, qui a le malheur d'avoir travaillé et nourri son foyer quand son mari ne produisait rien.
"La Rupture" traite aussi en filigrane du thème de la drogue. Là encore, c'était un thème neuf à l'époque, encore sensible. On ne verra d'ailleurs jamais le mari se droguer, le mot "drogue" sera à peine prononcé.
Mais l'intérêt avant tout est la machination mise en place. La victime inconsciente, Hélène, se bat pour conserver dignement la garde de son fils. Elle est interprétée par une Stéphane Audran poignante. Face à elle, Jean-Pierre Cassel joue une véritable raclure, un vrai méchant de cinéma comme on aime les détester.
S'il ne ressemble au départ qu'à un escroc minable, il s'avère très habile à approcher sa "cible" et à user de sous-entendus et de non-dits pour que son entourage la rejette. Tandis que ses combines vont aller loin, et faire de lui un parfait salaud.
On pourra reprocher à certains seconds rôles de ne pas être toujours justes. Jean-Claude Drouot (Thierry la France !) en mari camé, qui a l'air aux fraises. Bon, on dira que ça fait partie du personnage, et qu'à l'époque on n'avait pas l'habitude de voir des junkies à l'écran. Katia Romanoff en adulte à l'esprit d'enfant, qui n'a pas un jeu très subtil. Ou Mario David qui en fait des caisses en acteur pompeux (certes, ça fait partie du personnage !).
Mais pour compenser, on a le droit à Michel Bouquet, excellent en industriel hautain et implacable. Michel Duchaussoy en avocat sensible. Angelo Infanti, habitué du bis italien, qui a un petit rôle en médecin affable. Et pour les polissons, Catherine Rouvel passe largement plus de temps nue qu'habillée, et interprète une chaudière écervelée.
Au-delà des acteurs, "La Rupture" dose savamment sa machination, avec un rythme et un malaise qui monte crescendo. Jusqu'à une dernière demi-heure qui met le paquet... et à des dernières minutes qui tiennent pratiquement du cinéma expérimental. Certains désapprouveront, j'avoue que j'ai bien apprécié ce final baroque !