Grutier donc, bien sûr, tant les plans assurés depuis les hauteurs permises par l'engin offrent un regard fatal à nombre de séquences, comme prises du point de vue du vautour tournoyant au-dessus de la charogne agonisant (cette ville-frontière, cette police gangrenée), contrebalancé par de nombreuses contre-plongées exacerbant, elles, le caractère piégeant, inextricable, des situations. Outre ces deux mouvements opposés mais ô combien complémentaires, les procédés graphiques (mais aussi rythmiques, tonals ou musicaux (great partoche de Mancini, utilisée avec une rare efficacité immersive)) sont pléthore dans ce film jouant brillamment la carte de la mise-en-scène absolue, ivre certes (mais consciemment) de sa propre exacerbation des formes et des motifs (faisant ainsi le deuil du plan fixe et du découpage d'une Dame de Shangai et s'épanouir les pistes inverses abordées dans Mr Arkadin). Faisant massif trait d'union entre l'expressionnisme d'un Lang ou d'un Wiene (que ce gros roublard de Welles a toujours affirmé ne pas connaître !) et la moiteur d'un Coen (on pense bien à Blood Simple et à No Country for Old Men !) autant que rappelant, dans sa farouche emphase et son curieux symbolisme, de fameuses choses telles l'En Quatrième vitesse d'Aldrich ou quelques petits noirs aussi contrastés qu'interlopes (Panique dans la Rue, Les Forbans de la Nuit, l'haletante nervosité en moins dans les deux cas), le film s'avère joué avec plus de conviction qu'il n'aura été produit (malgré les tentatives de Welles pour se défaire du poids de la machine Universal, il sera trahi un temps par la firme ayant le director's cut: montage abusif et scènes additionnelles tournées par un autre réal seront au programme).

Vénéneuse, étouffante, anxiogène (la bande des neveux Grandi est assez nail-bittante) et mélancolique (on sent bien le drame marital du ripoux campé massivement par Welles lui-même), l'œuvre, archi-shakespearienne (Quinlan et Menzies valent bien Othello et Iago) oppresse délicieusement et de mille manières et offrira en outre une occasion en or à Janet Leigh de se méfier par la suite des chambres de motel à gérant barge (Dennis Weaver, 14 ans avant de se r'trouver avec un fameux camion au cul !)... mais rien n'y fera: 4 ans plus tard, elle prendra quand même une chambre chez le gars Bates !

Qu'on ne vienne pas nous dire qu'elle le cherche pas un peu, quand même !


(critique rédigée en 2012)

MonPauvreEdgar
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Créée

le 6 avr. 2026

Modifiée

le 7 avr. 2026

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